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1794

Niklas Natt och Dag

Un roman de vacances s’imposait à moi après les inepties auxquelles j’avais été confrontée dans ma précédente lecture. A la bibliothèque, plutôt que de ranger ce second roman du Suédois Natt och Dag, je l’ai mis dans mon sac : ça va me changer les idées pensais-je… Passer d’une horreur actuelle à une horreur passée. Le mal est intemporel, j’en ai bien peur.

« … j’ai du mal à croire à un dieu qui, en toute circonstance, semble favoriser les malfaiteurs et mettre des bâtons dans les roues aux justes et aux humbles. »

Erik est amoureux. Mais son père refuse le mariage que le jeune homme demande. Le gamin est envoyé à Saint Barthélémy, au-delà des mers, dans cette colonie esclavagiste que les Français ont cédé aux suédois contre une bouchée de pain en 1784. Notre héros est répugné par ce qu’il voit, et son salut vient en la personne de Tycho Ceton, qui lui propose son aide pour retourner au pays et épouser celle qu’il aime. Le frère ainé et le vieux père sont morts, laissant Erik à la tête d’une grande fortune.

Les mois passent. Cardel est de nouveau là. Il fait son deuil de Cecil Winge, mort de sa maladie, laissant derrière lui un petit frère qui n’a plus toute sa tête. Le boudin retrouve ce dernier, et tous deux se lancent dans une enquête concernant le meurtre plus que sauvage d’une très jeune mariée, assassinée lors de sa nuit de noces. Alors que tous les soupçons pèsent sur le nouvel époux (Erik), Cardel et Emil se trouvent confrontés à une machination qui surpasse de loin toutes les horreurs qu’on puisse imaginer.

Anna Stina, qui avait été sauvée en 1793 par l’agent détaché, est quant à elle livrée à elle-même, enceinte d’abord, puis mère. Elle n’est pas en reste quant aux affres et à la sauvagerie auxquelles elle doit faire face.

Et comme en 1793, tous ces destins, toutes ces vies, vont se retrouver, dans la peine et la violence, dans la douleur la plus pure.

« Le mal n’est que l’œuvre des hommes, entouré de pierres stupides et mortes qui ont peut-être vu pire et verront pire encore mais qui, privées de parole, ne peuvent partager leur témoignage. »

Plusieurs fois, il m’a fallu poser le livre, souffler fort, et me rappeler : autre époque, autre pays, autre mœurs. La vie à Stockholm n’était pas des plus facile, en cette toute fin du 18ème siècle, alors que le royaume n’est gouverné que de façon - comment dire - aléatoire, sans réel chef après la mort de Gustav III. Tous les jours, les régents ordonnent de nouvelles lois, toutes plus surprenantes et inutiles les unes que les autres (interdiction du café, interdiction de porter des couleurs vives, accès gratuit à l’alcool…).


L’écriture de l’auteur est juste et efficace, puissante aussi, pour nous faire à la fois ressentir et craindre comme ses protagonistes, les vicissitudes de cette vie de malheur. Les rues de Stockholm, véritables coupe-gorges, abritent la mendicité, la prostitution, le vol, les bagarres. Et quand on se retrouve face à quelque chose de beau, de doux, de bienveillant, c’est une illusion ou le fruit d’une machination.


« Assieds-toi mais prends garde ! Surveille les godets qui s’entrechoquent car dans ton dos un ami te regarde prêt à planter l’estoc. » C.M. Bellman 1794
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