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Alabama 1963

Ludovic Manchette & Christian Niemec

« On n'a jamais vu de fruits sans arbre et d'arbre sans graine. »

Alabama, été 1963. Le soleil chauffe et des petites filles noires disparaissent dans la ville de Birmingham. Alors que la ségrégation a été officiellement abolie sept ans auparavant, elle sévit pourtant toujours dans cet état du Sud des USA, et les forces de police ne se bousculent pas pour retrouver les enfants.

En désespoir de cause, les parents de l’une des fillettes font appel à Bud Larkin, détective privé qui compile à lui seul bien des défauts : alcoolique, raciste, un peu magouilleur... Il est aussi un ancien flic démis de ses fonctions après qu’il a tué son partenaire, deux ans auparavant.

Adela, quant à elle, est femme de ménage. Veuve de 34 ans, elle vit avec ses trois enfants et son beau-frère dans le quartier noir de la ville. Suite à une altercation avec l’une de ses employeuses, elle devient la bonne de Bud, qui n’a initialement rien demandé mais qui est bien content de pouvoir compter sur cette femme pour faire un peu de ménage chez lui et, accessoirement, pour l’aider à entrer en contact avec la population noire de la ville.

« Je ne crois pas au crime parfait. Par contre, je crois aux enquêtes imparfaites.»

Au fur et à mesure que les jours passent et que les disparitions se succèdent, que les petites filles sont retrouvées mortes, Bud et Adela s’apprivoisent, apprennent l’un de l’autre et l’un avec l’autre. Dans un État ou le Ku Klux Klan est un danger réel, cette amitié naissante n’est pas vue d’un bon œil tant par la communauté noire que par la blanche, et nos deux protagonistes se heurtent au racisme et à l’incompréhension des deux côtés.

Mais la quête de la vérité est la plus forte et rien ne les empêche de persister dans l’enquête pour rendre justice aux familles des enfants.

« Ris, et on rira avec toi. Pleure, et tu pleureras toute seule. »

Voilà un roman qui se lit vite et bien. Voilà un roman qui repose une nouvelle fois les traces d’une Histoire pas si vieille que ça et qui fait froid dans le dos.

1963, année importante s’il en est aux Etats-Unis, est celle du discours de Kennedy en faveur de la communauté noire. C’est celle de la marche de Martin Luther King sur Washington, celle de la déségrégation d’établissements scolaires, ayant donné lieu à de violents affrontements, notamment à Birmingham. En 1963, le KKK s’en prenait à une église, tuant 4 enfants. JFK était assassiné par Oswald, et les noirs du Sud ne pouvaient toujours pas se mélanger aux blancs dans les laveries, les bus et autres lieux publics.

Le portrait dressé d’Adela et de ses amies n’est pas sans rappeler La couleur des sentiments (la référence est même assumée avec une allusion à Minnie au milieu du roman). C’est avec une facilité déconcertante que Manchette et Niemec nous replongent dans cet environnement où la peur était omniprésente, où le blanc était surpuissant et où la mixité n’était qu’un concept très abstrait. Les mots sont simples, directs. L’enquête est rondement menée, le décor planté, presque plus présent et oppressant que la mort elle-même. Au-delà de la violence des meurtres, c’est la violence des comportements, des discriminations et de l'irrespect qui heurte. On a peine à accepter qu’il y a à peine 60 ans, ce pays qui a élu Barack Obama président était encore si raciste.

Un bon moment de lecture donc, avec deux auteurs dont on connaît les noms mais qui méritent qu’on connaisse aussi les écrits…

« … à cause de leurs fichues lois c'est forcément un Blanc qui finirait par marcher dans la merde de M'ame. (le chien)»
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