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Black Sunday

Tola Rotimi-Abraham

L’Afrique exerçant sur moi un pouvoir toujours plus attractif, je me suis lancée un peu à l’aveugle dans ce roman Nigérian, fruit de la rentrée littéraire. Après “Les Prophètes” de Jones Jr, je voulais quelque chose de plus léger, c’est raté.

« Parfois, quand on part, on dit j’arrive. C’est l’influence du Yoruba sur l’anglais qu’on parle ici. A la place d’adieu, on dit à la prochaine fois. On dit qu’on se reverra. »

C’est l’histoire d’une fratrie. Des jumelles et leurs deux frères plus jeunes. De 1996 à 2015, chacun à son tour, ils retracent leur parcours et leurs difficultés, individuelles et familiales. Les affres de la vie à Lagos, quand du jour au lendemain leur mère puis leur père les abandonnent aux soins de la grand-mère et du quartier. Les enfants vont grandir, chacun à sa façon, sans tuteur, sans repères, et tel un arbre non guidé, les branches iront dans des directions variées, voire opposées. La religion, la culture traditionnelle, la violence, la sexualité, la misère. Les rêves et les espoirs déçus. Le courage aussi, la pugnacité, la volonté.

Le Nigéria en général et Lagos en particulier sont des personnages à part entière, des entités qui sont décrites et parfois décriées dans leurs traditions et leur hypocrisie. Dans le duel entre l’ancien et le nouveau, le traditionnel et le moderne. Une dualité qui se retrouve entre les jumelles, et qui sert de trame tout autant qu’elle brouille la lecture.

« Chaque fois éprouve de la honte pour des choses qui devraient lui paraître normales. Voilà pourquoi la honte est féminine et le mérite masculin. »

Et puis, il y a la religion. Cette église nouvelle, cette foi anglicane qui vient, de mon point de vue, tout gâcher. Pas tant dans le récit (il n’y a pas tellement d’intrigue) que dans ce qu’elle corrompt les âmes, sert les intérêts des plus malins aux dépens des plus nécessiteux. La lecture précédente m’avait déjà mise en colère, Black Sunday ne m’a pas réconciliée avec la parole biblique, loin s’en faut.


C’est une écriture particulière, dont la naïveté est peut-être due à la langue, à la traduction, à la culture. Et aussi à l’âge des protagonistes. Un langage qui évolue au fur et à mesure que les enfants grandissent et deviennent des adultes plus ou moins torturés, plus ou moins intègres, pas plus heureux, c’est sûr, mais intelligents, combatifs, courageux.


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