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Boxer comme Gratien

Didier Castino

« la vraie peur fait vomir et si on n'a pas peur c'est qu'on n'aime pas »

Qui se souvient de Gratien Tonna ?

Hervé, lui, a un vague souvenir de ce nom mais ça ne va pas bien loin. Alors lorsque l’un de ses amis lui demande de rencontrer l’ancien sportif en vue d’écrire un livre sur lui, il se dit pourquoi pas ?

Il se renseigne un peu sur le sujet, histoire de ne pas arriver sans rien devant l’athlète. Et quand ils se rencontrent, l’écrivain sait qu’on attend beaucoup de lui. Parce que Gratien a été un grand boxeur, un grand homme, qu’il mérite ce livre comme il aurait mérité les deux titres mondiaux pour lesquels il a combattu et pour lesquels il a été déclaré perdant.

En une journée, une journée seulement, Gratien va donner à Hervé tout ce qu’il peut, tout ce qu’il veut. Tout ce qui, d’après lui, mérite d’être dit. L’accident de voiture qui a coûté la vie à un agent de police dans l’exercice de ses fonctions, la découverte de la boxe à Tunis, la mort du frère, la peur de la mère.

Dans le terrain de la roulotte snack-bar où il vit désormais avec sa fille et ses deux petits fils ou dans le restaurant routier de son ami Gigi, l’ancien boxeur aujourd’hui âgé de 72 ans, à la carrure et aux mains qui imposent le respect et l’admiration, revient sur ses remords et ses regrets, mais aussi sur ses fiertés et ses amitiés, à travers le filtre de sa compréhension, restreinte, de celui qui n’a jamais été à l’école, qui n’a jamais appris à lire, qui a pris beaucoup de coup sur la tête…


« Sa voix est sa vie. Elle se confond avec sa parole, toutes les deux dominent les événements relatés, une parole, une voix qui font que trois balles dans le dos à Pigalle, c'est que dalle. »

C’est sur les conseils d’une lectrice que je me suis jetée sur le ring avec Gratien Tonna. Comme beaucoup, j’ignorais totalement qui il était, sans compter que le sport et moi… Bref. Il fallait que je donne sa chance à l'auteur, m'avait dit la prescriptrice. Une écriture vive, qui va droit au but. Mais aussi une écriture pleine d’amour et d’humilité. Et force est de constater que c’est complètement ça. On ne connaît peut-être pas Gratien, mais on a envie de faire sa connaissance, de lui rendre les hommages qu’il mérite. On a envie d’en savoir plus sur qui il est, ce qu’il a vécu, surmonté, traversé, supporté et fait supporter aussi.

Castino est franc dès le début : ceci est un roman. Une œuvre de fiction construite à partir d’une rencontre qu’il a faite avec l’ancien boxeur. Certes, on peut imaginer qu’une partie de ce qu’il raconte n’est pas vraie, mais il y a le reste. Et comme le protagoniste, l’auteur manie la vérité et le mensonge pour remplir les blancs et combler la curiosité. Pour nourrir la légende et l’envie d’un grand homme.

Le processus d’écriture d’Hervé est, on s’en doute, celui de Didier Castino, et on est donc complètement immergé dans ce besoin de savoir et la délicatesse de ne pas poser trop de questions. On est dans la création et dans la rencontre. De la même manière qu’on est dans certaines des rencontres et des pensées des personnages.

C’est donc une double belle surprise : découvrir l’envers du décor d’un sport méconnu (et du coup avoir envie de regarder Raging Bull de Scorsese) et faire la connaissance d’un écrivain qu’on ne connaissait pas et avec qu’on a envie de suivre .


« je voudrais qu'il rentre à l'intérieur de sa poitrine le bonheur, de son torse, bien calé pour ne jamais en sortir. »

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