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Ces rêves qu'on piétine

Sébastien Spitzer

Un autre livre conseillé par l’un des lecteurs de la bibliothèque. En vrai, je ne sais plus qui, mais je lui suis vraiment reconnaissante. Après avoir entendu une émission de radio sur la famille Goebbels, ce roman tombait à pic pour nourrir ma curiosité.


« Le mépris, le dégoût de soi, ça vous met l’âme en morceaux… Mais il y a pire encore. Le blâme et l'opprobre au sein des prisonniers, le refus de la solidarité quand tout se tient là. Le dos tourné des survivants est bien plus douloureux que le mal des bourreaux… »

L’action se déroule à la toute fin de la Seconde Guerre Mondiale. Hitler et ses acolytes se sont réfugiés dans leur bunker, attendant le meilleur moment pour se donner la mort. Parmi les proches du Führer, la famille Goebbels : Magda, Joseph et leurs six enfants. La mère de famille se rappelle son enfance, sa mère, son éducation, son premier mariage, sa rencontre avec Joseph et son maître. Les infidélités du mari et les manies du “gourou”. Elle se demande ce qu’elle fait là, mais en même temps, elle se résigne. Elle sait qu’il n’y aura qu’une seule issue pour elle et les siens : la mort.


En parallèle, c’est aussi la fin de la guerre pour des millions de prisonniers des camps. Aimé d’abord, qui meurt dans l’incendie de la grange de Gardelegen. Judah ensuite, tué par une balle par un fermier allemand. Fela, “prisonnière de joie” d’un camp, ayant réussi à fuir avec sa fille, Ava, 3 ans, avant de mourir de la gangrène en arrivant enfin aux mains des américains. Parmi ces derniers, il y a Lee Miller, photographe de guerre et journaliste, qui prendra soin de l’enfant sauvée, et mettra à jour un des plus grands secrets qui soit : le père biologique de Magda Goebbels était juif, il a été arrêté, enfermé, et est mort dans les camps. C'est grâce aux lettres que ces rescapés ont tous transportées avec eux, précieusement, que les horreurs des camps seront racontées, entre autres.


« On essaiera de trahir, de falsifier, d’effacer… Mais il y aura toujours un scribe pour recopier, un homme pour lire, un écrit quelque part… vous ne volerez pas notre histoire. »

Cette histoire est prenante, fascinante. D’abord parce qu’elle est diablement bien documentée et qu’on sent que Spitzer, même s’il a inventé les lettres du père de Magda, n’a rien inventé d'autre. Il a passé trois ans à faire ses recherches sur les Goebbels et sur les conditions de vie dans les camps, ainsi que sur la fin de la guerre pour nous livrer un récit puissant, prenant, horrible de justesse.

Par la psychologie des personnages ensuite. Magda semble peut-être n’avoir aucun amour propre, aucune estime, elle est en fait un ogre d’ambition et de soif de réussite. Elle sait quoi dire et quand, elle sait s’adresser à “Oncle Adolf” pour obtenir ce qu’elle veut, y compris les pires actes comme l’attaque d’un pays, à cause d’une des maîtresses de son mari. C’est une femme qui oublie qu’elle est mère, qui dénigre son mari pour une seule et même chose : la grandeur de l’Allemagne.

Un autre versant d’une histoire pourtant bien connue qui ravive les souvenirs et le besoin pressant de ne pas oublier, jamais.


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