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Crépuscule

Philippe Claudel


« Je n’ai jamais aimé l’ironie. Elle donne aux idiots l’illusion de l’intelligence. »

Au début du XXème siècle, un curé est retrouvé mort, assassiné dans une ruelle sombre d’un village sombre, d’un empire sombre. D’un coup de pierre sur le haut de la tête, on a tué le prêtre, mais qui ? Et pourquoi ? 

L’enquête est naturellement confiée au Capitaine Nourio. Seul agent de police du territoire, flanqué de son adjoint, ce dernier se réjouit d’abord d’avoir un peu d’activité, mais se sent vite dépassé par les enjeux revêtus par cet évènement. En effet, dans ce territoire, il y a des clans, des religions, des secrets, des adversités. Entre les autorités, entre les cultes, entre les gens. Le vice est partout, même là où ne l’attend pas, même chez le Policier. 

Le temps passe, la mort de l’homme d'Église est déjà dans le passé mais se rappelle au souvenir de chacun de diverses manières, insinuant dans les rapports humains un venin qui altère toutes les personnalités. Et toujours pas l’ombre d’une piste, alors que les mois passent, que l’hiver arrive et que les événements tragiques s’enchaînent. On apprend vite à faire passer les intérêts de l’enquête après ceux de l’Empire, Nourio en oublie son objectif premier, le cœur de son métier et ce pour quoi il est engagé, malgré la vigilance discrète de Baraj, le second méprisé.  

L’homme de loi est rattrapé par ses défauts, au grand désespoir de l’Adjoint et pour le plus grand bonhomme des décideurs et de la petite noblesse du village. On le flatte pour qu’il aille dans la direction attendue, après tout, il faut nettoyer l’Empire, commençons donc par cette bourgade ! Tant pis si des gens souffrent, tant pis si ce n’est pas la vérité, tant pis si cela fait des ravages dans la communauté. Il faut une vérité efficiente, pas une vérité vraie. 

C’est tout une ville, et à travers lui un territoire, qui sombre dans la bêtise des intérêts supérieurs supposés : ceux de l’Empire et de ses dirigeants. Personne n’est innocent… 


« se penser environné d’idiots permet de savourer sa propre intelligence. »

C’est sur les conseils de Daniel Auteuil à La grande Librairie que je me suis plongée dans ce roman de Philippe Claudel. J’y ai retrouvé la noirceur et la cruauté du Rapport de Brodeck, qui m’avait tant plu il y a quelque temps. Assister, à travers la dépravation de quelques personnages à la chute d’une communauté entière, bouffée par l’ambition et la soif de pouvoir et de supériorité, c’est ce que l’on retrouve ici. Le besoin de purifier la race, de nettoyer une terre en se débarrassant de ce qui gêne, quel qu’en soit le prix. De toute façon, les personnes n’ont pas toutes la même valeur, c’est bien connu. Les chrétiens valent mieux que les musulmans, les hommes valent mieux que les femmes, les beaux valent mieux que les laids… On justifie ses actes cruels par les besoins impérieux et impériaux, ce qui permet de se donner bonne conscience, à défaut de nous garantir une place au paradis - à condition qu’il existe. 

Je mentirais en disant que je m’attendais à un roman de ce type et de cette noirceur. En fait, je ne m’attendais à rien. Je me suis laissée portée dans l’Histoire, me demandant si à un moment ou à un autre, nous aurions la réponse à la question initiale : qui a tué le curé et pourquoi. 

Les personnages ont quasiment tous une face cachée, qui nous transportent d’un sentiment à un autre, donnant au lecteur un léger tourni, glacé par l’hiver de cette contrée lointaine et imaginaire (que l’on peut situer, grâce aux différents indices, dans les Balkans, du côté de la Slovénie…) 

Bref, un roman dur, un roman sombre comme la fin de l’année en Europe de l’Est. Un roman froid comme le cœur des décideurs qui condamnent au nom de la politique. Un roman qui ne laisse pas indifférent et que je suis soulagée d’avoir terminé en même temps d’être ravie de l’avoir découvert. 


« L’homme n’est peut-être qu’un moule creux au sein duquel sera versé un jour le plâtre qui fera apparaître sa forme véritable et sa nature exacte ? »

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