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Dans la forêt

Jean Hegland

« … la forêt semblait posséder tout ce dont nous avions besoin. Chaque champignon ou fleur ou fougère ou pierre était un cadeau. Chaque bruit une aventure à explorer.»

L’humanité est condamnée. Petit à petit, les coupures de courant et de téléphone se sont multipliées. Il est de plus en plus difficile de trouver des vivres. Nell, Eva et leurs parents, habitant une maison au milieu de la forêt, à 6 km des plus proches voisins et à 50 km de la ville, ne sont pas immédiatement impactés mais petit à petit, la réalité de la situation les rattrape.

Par la mort de Gloria d’abord. Dans ce deuil, la famille déséquilibrée doit reprendre des marques, des habitudes. Mais le père est là, physiquement, pour assurer l’essentiel et protéger ses filles. Nell continue d’étudier pour entrer à Harvard, Eva continue de danser pour intégrer le ballet de San Francisco.

Mais l’appretée de la vie les rattrape une nouvelle fois. Les deux sœurs sont désormais livrées à elles-mêmes.

Elles apprennent à vivre l’une avec l’autre, envers et contre tout, parfois envers et contre l’autre.

Les difficultés de la vie sauvage, la pugnacité, l’instinct de survie, l’adaptabilité, la prise d’initiatives et de risques. Ce sont tous ces aléas qui jalonnent la vie des sœurs qui, petit à petit, s’enfoncent dans la vie sauvage, la vie dans la forêt, la vie avec la forêt.


« Même se disputer est un luxe qu’on ne peut pas se permettre quand sa vie entière a été réduite à une seule personne. »

Je savais que ce roman de Jean Hegland allait être puissant. Je le savais parce que beaucoup me l’avaient dit, m’avaient prévenue. Mais je n’avais pas voulu en savoir plus, me préservant de l’histoire, pour entrer vierge de toute attente dans ce récit.

Quelle claque !

La chute de l’humanité comme dans Le sanctuaire de Roux, la communion avec la nature comme dans Sauvage de Bradbury, et même la dureté et la violence des rapports humains de My absolut Darling de Talent.

Des ingrédients qui prennent bien ensemble. Très bien même.

Ce journal de survie, écrit par une jeune femme de 17 ans montre à quel point l’isolement peut être à la fois une force et un fardeau. À quel point l’amour entre deux sœurs peut être puissant, destructeur et finalement salvateur.

C’est un roman juste, qui décrit avec efficacité, sincérité et sans faux-semblants la perte d’illusions et le courage d’espérer à nouveau.


« On tient le coup, jour après jour, et tout ce qui nous menace, ce sont les souvenirs, tout ce qui me fait souffrir, ce sont les regrets. »

Il n’y a pas que de bons sentiments. Dans l’adversité, l’homme devient un prédateur pour ses semblables et c’est aussi ce dont parle ce roman. Alors qu’un mal indistinct frappe les États-Unis (et peut être le reste du monde, nous l’ignorons), les tensions s’accumulent, les gens fuient, les pillages se succèdent et la violence s’accroît. La violence des mots, la violence des gestes. La violence de la peur.

C’est en s’isolant qu’Eva et Nell réussissent à s’en sortir, même si ce huis-clos dans une maison qui regorge de souvenirs et de regrets est oppressant.

La sécurité n’est pas acquise, elle est mise en péril à la fois par la fratrie et par le monde extérieur qui y entre de force, l’abandonnant à de lourdes conséquences.

Mon regard sur la Forêt est changé, modifié. C’est un retour à la nature, une prise de conscience de tout ce que l’on a oublié, entourés que nous sommes du confort des nouvelles technologies mais aussi de ce que l’on prend pour acquis : l’électricité, le carburant, les magasins…

Dans la forêt oblige à s’interroger sur notre capacité à revenir à la vie sauvage, à la vie d’avant. Nous force à penser que le confort ne réside pas dans les objets mais dans nos liens avec notre environnement et notre famille, quelle que soit sa taille…


« Il y a une lucidité qui nous vient parfois dans ces moments-là, quand on se surprend à regarder le monde à travers ses larmes, comme si elles servaient de lentilles pour rendre plus net ce que l’on regarde.»

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