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De soleil et de sang

Jérôme Loubry

« À Haïti, le savoir n’est pas une bénédiction. L’ignorance protège bien plus. »

Simon, inspecteur d’une soixantaine d’années, est chargé d’enquêter sur des meurtres particulièrement violents : des couples sont retrouvés assassinés, mutilés selon des rites Vaudou. Mais le flic Haïtien refuse de céder aux superstitions et ses investigations vont le mener vers un ancien orphelinat, la Tombe Joyeuse, fermé depuis plus de 25 ans.

Il va mettre le doigt dans un engrenage aussi délicat qu’horrible : le commerce d’enfants. Dans la maison Gingerbread se sont passées bien des horreurs, autour notamment de six enfants, tous atteints d’un handicap. Ce qu’ils ont subi en 1984 a de lourdes répercussions, qui ont des conséquences jusqu’à la veille du séisme de 2010, qui a tué plusieurs milliers de personnes.

En parallèle, nous suivons Vincent. Son amour fou pour son épouse Méline lui fait mettre de côté les délires entendus chez les parents de cette dernière avant leur décès. Et quand la jeune femme dit vouloir partir en Haïti pour faire son deuil, il ne se doute pas un seul instant que, par cette décision, ils vont se retrouver mêler à cette enquête et à ces coutumes vaudous bien plus qu’ils ne l’auraient souhaité. C’est le début d’une descente aux enfers digne d’Orphée & Eurydice


« Le bonheur ne fait pas vendre. C'est le malheur figé dans les yeux de ces mômes qui va déclencher réellement l'achat. »

Troisième roman de Jérôme Loubry lu depuis le début de l’année, c’est aussi sans doute celui que j’ai préféré. L’enquête rondement menée par Simon puis par sa fille Rachel, la description des superstitions qui permettent à une population de garder la tête haute malgré la misère et la violence et, par-dessus tout, le lieu de l’action.

Connaissant très peu l’île d’Haïti, je me suis régalée de cette immersion dans une destination qui pourrait faire rêver mais qui s’avère receler une violence et une misère inimaginable. Mais également un courage chez les habitants qui tentent, par tous les moyens, de s’en sortir, même si cela leur coûte leur honneur ou leurs enfants.

L’ancien président, Baby Doc, semble avoir fait énormément de mal à l’île et le roman de Loubry, outre l’enquête policière exaltante, nous décrit un environnement et une culture dont on a envie d'en savoir davantage, notamment dans son Histoire depuis l'Indépendance. Il m'a fait pensé, à quelques égards, aux situations dramatiques que vit la Guyane, et qui sont brillamment décrites dans Darwyne (C. Niel).

En reprenant un schéma narratif déjà présent dans Les Refuges et Les sœurs de Montmorts, à savoir les alternances entre passé et présent, l'auteur dévoile par ailleurs comment le pays a évolué en presque 30 ans et comment rien ne s’est arrangé pour ces enfants qui sont encore et toujours les premières victimes de la misère et de la violence. Un très bon moment qui - une fois n’est pas coutume - ne m’a pas donné envie d’aller sur place mais, comme d’habitude, d’en savoir plus sur ce lieu méconnu…


« Pourquoi les croyances rendent-elles les hommes fous, même les plus courageux? Pourquoi les poussent-elles à empoisonner celles qu'ils souhaitent tant aimer? »

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