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Des fleurs pour Algernon

Daniel Keyes

« un Q.I. indique jusqu'où peut aller votre intelligence comme les chiffres sur un verre à mesurer. Encore faut-il emplir le verre avec quelque chose. »

Challenge de février 2023 : lire un roman de SF. Arg! Dire que je me suis fait violence pour relever le défi est un doux euphémisme. Comme de dire que j’ai aimé ce que j’ai lu… Je savoure une nouvelle fois la richesse des échanges qui permettent la découverte de nouveaux horizons et l’ouverture d’esprit…


« l'une des grandes raisons d'aller au collège et de s'instruire, c'est d'apprendre que les choses auxquelles on a cru toute sa vie ne sont pas vraies, et que rien n'est ce qu'il paraît être.»

Charlie Gordon est un homme d’une trentaine d’années, attardé mental. On n’utiliserait plus ce terme aujourd’hui, bien sûr, mais autre temps, autre mœurs, autres mots.

Doté d’un d’un QI d’à peine 65, il se bat pourtant pour apprendre à lire, garder son travail et ses amis. Il commence à rédiger son journal de bord avant de subir une intervention dans le cadre d’une expérience psychiatrique en vue de faire évoluer son intelligence. Il y décrit, avec ses mots, ses découvertes, ses rencontres, ses souvenirs, ses frustrations, et sa fascination pour la petite souris blanche Algernon qui a elle aussi été opérée et qui montre des compétences hors du commun. Après l’opération, Charlie écrit et décrit ce qu’il apprend, comment il évolue, comment il interagit avec les autres et ce dont il se souvient. Son rapport au monde et aux autres changent, il change. Il ne se reconnaît plus, et il n’est pas le seul.

Puis la peur s’empare de lui lorsqu’il se rend compte non seulement de tout ce qu’il a perdu mais de tout ce qu’il perdra bientôt. La prise de conscience est douloureuse, comme le sont les souvenirs du temps passé et les réminiscences de l’ancien Charlie qui attend patiemment de reprendre sa place.

« L'intelligence est l'un des plus grands dons humains. Mais trop souvent, la recherche du savoir chasse la recherche de l'amour.»

Si on m’avait dit que la SF, ça pouvait être ça, je n’aurais sans doute pas mis tant de temps à m’y intéresser ! Enfermée que j’étais dans mes représentations intergalactiques et Star-Wariennes de ce genre littéraire (et cinématographique), je me suis détournée du style, préférant rester dans le domaine du tangible, du concret.

L’écriture en forme de journal permet une immersion dans l’esprit du protagoniste, on se sent proche de lui, empathique avec lui. On aime, on s’enthousiasme mais on désespère et on a peur avec lui aussi. Quand on comprend ce qui va lui arriver, on tremble, on attend avec fébrilité.

Force est de constater que ce roman m’a complètement chamboulée. Par son avant-garde déjà : publié en 1966 (la nouvelle date de 1959), il est d’une modernité surprenante. Rien ne laisse imaginer que ce récit ait plus de 60 ans. Par ailleurs, le thème universel de la quête d’intelligence et donc de domination est magnifiquement décrit puis décrié. Charlie change, se sent changer, jouit de ce changement, avant d’être rattrapé par sa colère, son chagrin, sa solitude. La prise de conscience de l’importance des liens affectifs, le besoin de contact, de partage, ce qui est important et ce qui ne l’est pas. Toutes ces idées sont abordées de manière délicate et en même temps scientifique. Le nouveau Charlie est assailli, débordé par ce qui lui arrive et, aveuglé qu’il est par cette intelligence qu’il gagne, il ne se rend pas compte de ce que cela lui coûte. On ne peut que se lamenter et souffrir avec lui…

« Tout le monde construit sur les échecs des autres (…). Ce qui compte, c'est ce que chacun apporte à la somme des connaissances. »

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