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Histoires de la nuit

Laurent Mauvignier

«… On refuse de se trouver nez à nez avec ce qu’on aurait trop longtemps désiré, prenant conscience que ce qu’on a aimé c’est le trajet et non l’arrivée. »

Il y a une quinzaine de jours, j’ai eu le privilège de rencontrer Marie-Hélène Lafon. Au milieu de sa présentation, elle avait abordé Mauvignier comme l’un des meilleurs auteurs vivants. Citant Histoires de la nuit comme étant celui de ses romans à lire absolument, elle m’a forcément donné envie de découvrir cet écrivain que je ne connaissais pas du tout.


Dans le hameau Les trois filles seules du village de la Bassée, il y a une exploitation agricole et trois maisons, dont seules deux sont habitées. La famille Bergogne vit dans l’une, Christine dans l’autre. Nous sommes à la veille de l’anniversaire de Marion, la maman. Cette maman secrète et souvent triste. Cette femme qui a du mal à faire confiance et à se donner entièrement, même à sa petite Ida. Mais l’ambiance est à la fête, aux efforts pour que tout se passe pour le mieux, malgré les petites rancœurs, les petits (et gros) secrets, les manigances. Tous les quatre sont décidés à faire ce qu’il faut.

Mais le jour J, une surprise débarque. Une surprise surgie du passé, avec son lot de crudités, de mœurs légères et de violence. Avec son chargement de vérités aussi, tout ce que Marion a caché pendant dix longues années va nous sauter à la gorge, sans qu’on puisse lutter contre ça.


« … Dans chaque fratrie les rôles sont distribués dès le départ sans qu’on sache ni comment ni par qui, mais avec une telle évidence que tout le monde s’acquitte de ce qui collera aux basques toute sa vie… ».

Ce roman est un OVNI, vraiment. Pas tant dans l’intrigue elle-même que dans sa construction, sa narration, qui diffère de tout ce que j’ai pu lire jusqu'à maintenant. Peu de dialogues, et ceux qui sont disséminés dans le texte le sont de manière, comment dire? Immédiate. En fait, l’auteur nous plonge dans l’instantanéité du moment. Tout prend beaucoup plus de temps à lire qu’à se passer réellement car il décortique tout ce qu’il se passe dans les esprits des protagonistes, nous décrit par le menu les têtes, les corps, les cœurs. Et on passe comme ça d’un personnage à un autre, on suit cette soirée terrible, partout à la fois, complètement immergés par l’angoisse grandissante, la tension, la pression, la peur.. et l’angoisse grandissante s’arrête, brutalement, sur un point, page 634. Et c’est comme si là seulement, on pouvait respirer normalement après une longue, très longue apnée…


Vous l’aurez compris, c’est un roman haletant, prenant, surprenant. Un roman auquel il faut rester accroché pour ne pas se perdre, malgré le huis clos qui restreint l’espace et le nombre de personnages. C’est une danse macabre, une vengeance, un exercice de style, une bizarrerie, un livre à lire donc…


« … lorsque sa mère (…) laisse échapper dans un souffle qu’elle l’aime plus que tout, elle ne se demande pas ce que veut dire ce plus que tout, ce qu’il contient, comment l’amour peut contenir plus que tout et ne pas être ce tout lui-même »

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