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Jours de Sang

Sue Raisnford

« Quand on vit dans la terreur, la terreur s'infiltre partout.  Les choses les plus simples deviennent tordues, à cause d'elle.»

Dans un coin reculé de la forêt, à proximité de la mer, dans une période inconnue, vivent deux jumeaux, Anna et Adam. Ils se partagent le jour et la nuit, la force et la fragilité. Anna est l’élément solide du duo, elle se doit de protéger son frère. D’autant plus qu’ils ne sont que tous les deux, livrés à eux-mêmes. Koan vit à proximité, mais ils s’en méfient. Depuis leur naissance, Anna et Adam ont appris à vivre dans la peur et la méfiance. Une curieuse maladie qui s’attaque aux animaux et aux humains a décimé la population. Il faut se protéger du rouge et attendre patiemment que Tempête arrive. Prières, dévotions, survie. Koan leur a appris tout ça et quand leur mère les a laissés seuls, ils n’ont plus eu que lui comme présence adulte, puisque toute la communauté qui vivait là, avec eux, est partie également, fatiguée du chef de clan, de ses manières, de ses règles, de son diktat. 

Les jumeaux font ce qu’ils ont appris à faire. Mais un jour, un homme vient. Ils le connaissent, ils le savent, mais d’où ? Matthew, revenu du passé pour s’assurer que les jumeaux ont survécu et tenir une double promesse instille le doute dans l’esprit des jeunes gens. Ajoutez à cela la lecture des journaux de Koan dans lesquels ce dernier a livré ses interrogations, ses actions, ses cruautés… Anna et Adam ne sont plus sûrs de rien, si ce n’est que leur mère, rebelle face au chef, les a laissés, abandonnés l’un à l’autre, en danger face à cette maladie et cette nature hostile. 


« une douleur sourde et constante se supporte mieux que le choc du souvenir. »

Autant j’avais été séduite par le mystère de Jusque dans la Terre, autant j’ai été perdue dans cet opus, mêlant le fantastique et le huis clos angoissant et post-apocalyptique. J’ai eu beaucoup de mal à me retrouver dans cette histoire que j’ai trouvée assez décousue, même si ce bazar est représentatif de l’état d’esprit dans lequel l’humanité en général et les jumeaux en particulier se trouvent face au fléau Rouge. Sans repères, ne pouvant compter que l’un sur l’autre mais se méfiant en même temps de l’autre, cette moitié du tout qu’ils forment. 

La nature omniprésente est si bien décrite que c’est encore ce qui m’a le plus plu, même je ne pouvais me projeter ailleurs que dans une forêt automnale. Je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages, mais quand j’y réfléchis, je pense que c’est aussi une réussite de ce roman : on est tous amenés, dans des circonstances exceptionnelles, à commettre des actes exceptionnels, qui éloignent de nos convictions et de notre humanité. Pour se protéger et protéger ceux qu’on aime, on peut être capable du pire. Dans la peur, la terreur, nos filtres sont modifiés et on ne discerne plus correctement les choses, les gens, les formes, à l’exemple d’Adam dont la vue est gênée par son oeil malade ou d’Anna qui est plus à l’aise dans l’obscurité que dans la lumière. 

Un roman malesan donc, mais que je suis satisfaite d’avoir lu, comme un défi à moi-même et une réflexion sur la maternité, sur les risques d’aliénation en cas de situation à haut risque, sur ce que nous sommes prêts à faire en cas de danger. Je me suis rappelée, parfois, “Dans la forêt” de Jean Hegland, ce qui m’a permis de prendre du recul et de voir le couple des jumeaux avec un autre prisme : celui du repli dans un milieu hostile, après avoir vécu au pire. De quoi remettre les choses en perspectives, donc…


 « De toute façon, les autres se construisent toujours une image de nous qui est meilleure que ce que nous sommes vraiment. » 

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