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Kukum

Michel Jean

Les communautés de lecteurs sur les réseaux sociaux (mais pas que) ont ceci de magique qu’ils nous obligent à partir à la découverte de nouveaux horizons, de nouvelles terres… Et parfois, comme ici, le voyage est vraiment à la hauteur.


« L’amour est une chose que tous comprennent, peu importe la langue dans laquelle il s’exprime. »

Almanda est une jeune orpheline, élevée par un couple de fermiers au bord du lac Saint-Jean, au Québec. Elle a tout juste 15 ans lorsqu’elle rencontre Thomas, un Innu de Pekuakami qui saura la séduire d’un regard, d’un sourire. Ils n’ont que trois ans d’écart mais tout un monde les différencie l’un de l’autre. Qu’à cela ne tienne, ils se marient et la jeune femme apprend, au contact de son époux et de sa famille, à vivre en forêt, au fil des saisons, au fil des chasses, au fil de l’eau aussi. Elle progresse vite, s'intègre dans cette communauté qui l’accueille et lui enseigne tout ce qu’il faut savoir.

Et puis vient la maternité. Neuf enfants, élevés dans la tradition du peuple Innu jusqu’à ce que le progrès arrive et chamboule tout.

Le progrès, c’est la déforestation, la privatisation d’espaces de chasse, la sédentarisation d’un peuple nomade qui doit rester sur place, sans repères, sans possibilité de vivre sa vie comme il en a l’habitude et l’envie.

Le progrès, c’est scolariser les enfants loin de leurs parents, dans des pensionnats où on leur apprend à lire et à écrire le français, à se comporter comme des blancs, à se mélanger aux blancs, à épouser des blancs, pour ne plus avoir droit de revenir à la réserve.


« Ils n’ont pas eu besoin de nous tirer. Ils n’ont eu qu’à nous affamer et à nous regarder mourir à petit feu. »

Kukum est l’histoire de cette femme de 96 ans qui nous raconte comment elle a trouvé une famille, comment elle a trouvé une place dans une communauté qui a finit par perdre la sienne au nom du progrès et de la modernité.

Alors que tout le monde a tendance à s’extasier devant la multiplicité des moyens de transport, de communication ; tandis que les usines, les hôtels, les commerces pullulent, c’est tout un peuple qui se meurt.

Là aussi on a spolié une population, ignorée, gommée, annihilée. Certes, cela ne s'est pas fait dans la violence ; certes il n’y a pas de massacre sanglant, mais c’est finalement peut-être pire, laisser crever à petit feu, en alimentant les braises, le foyer de la disparition.

Almanda, blanche devenue Innue à part entière, a vu les siens s’éloigner de leurs racines, des savoirs ancestraux se perdre au nom du progrès. Elle a perdu son mari, des enfants, des petits-enfants… mais s’est accrochée à sa dignité comme une moule à son rocher. Elle a défendu les sources dans lesquelles elle s’est laissée emporter, qui sont devenues siennes, pour que perdure l’esprit de Pekuakami.

C’est une lecture qui laissera une trace, de part tout ce qu’elle m’a appris sur ce versant de l’Histoire mais également pour les émotions qu’il a suscitées, ce besoin de me replonger dans mon passé, celui de ma famille, ce qui doit être sauvé et préservé du progrès : l’amour, OK, mais pas que… toutes ces chansons, ces gestes, ces superstitions que l’on porte en nous et qui font que nous appartenons à un clan, à un peuple, à un tout…

« … chaque culture possède ses rites. Mais peu importe la couleur de leur peau ou leur origine, manger offre aux humains une occasion de rassemblement et de partage. »


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