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L'affaire Alice Crimmins

Anaïs Renevier

« Dès le début, j'ai été suspectée et ça m'a mise en colère. Cette colère est devenue mon deuil. »

Une nouvelle enquête menée en collaboration entre Society et les éditions 10-18. Je dis nouvelle mais il me semble qu’elle a été la première publiée dans la collection. Il était grand temps que je m’y plonge !


« Dans l'imaginaire collectif, si ce n'était pas la mère qui avait tué les enfants, alors cela voulait dire que tout le monde était en danger (...). C'était tellement plus facile de croire que c'était elle. »

Dans la nuit du 13 au 14 juillet 1965, dans le Queens, à New-York, disparaissent deux enfants. Eddie Jr, 5 ans, et sa petite sœur Missy, 4 ans. La fenêtre de leur chambre, au rez-de-chaussée, est ouverte, la grille enlevée. La mère n’a rien entendu de toute la nuit, malgré qu’elle se soit couchée très tard. La mère justement, parlons-en. Cette femme intrigue. Alice Crimmins est jeune, belle, libre. A l’étroit dans son mariage, elle a commencé à être infidèle, avant de demander à son mari de quitter le domicile familial. Elle collectionne les amants, travaille souvent dans des bars comme hôtesse, s’apprête, séduit, ne se contente pas de la vie de femme au foyer si prégnante à cette époque. Le père des enfants a d’ailleurs l’intention de demander leur garde au juge. 

Bref, Alice a tout pour ne pas plaire aux hommes (policiers, procureurs,...) qui enquêtent sur la disparition des petits. Lorsque les corps sont retrouvés l’un après l’autre et que la maman ne verse pas une larme, sous le choc, c’est un aveu. Elle est forcément coupable. Et toutes les preuves qui vont être rassemblées tout au long de l’enquête ne vont faire que renforcer l’intuition première des flics. Alice est trop libre, trop belle, à la fois désinvolte et pudique : elle a forcément des choses à se reprocher. Alors on va la charger, par tous les moyens possibles, et lui faire porter la responsabilité de la mort de ses enfants, comme si le chagrin de la perte et des questions sans réponses n’était pas suffisamment lourd à porter. 


« La présomption d'innocence ne veut pas dire que le suspect est innocent. »

Le nom d’Alice Crimmins est méconnu ici en France mais cette affaire a tellement fait parler d’elle outre-Atlantique qu’elle a même été à l’origine d’un terme secrètement utilisé dans la justice : crimminser une enquête, autrement dit se concentrer sur une intime conviction et faire converger tous les éléments de l’instructions pour qu’ils collent à la vérité que l’on croit détenir, vers cet avis profondément ancré, sans penser qu’on puisse se tromper. 

Sur fond de modification radicale du contexte social des Etats-Unis, avec la montée en puissance des combats pour les droits civiques et le début du féminisme, on est confronté ici au cas d’une femme dont les enfants ont été tués et dont la culpabilité est décidée sur le seul fait qu’elle ne rentre pas dans les attendus et les cases mysogynes des enquêteurs. A partir de là, tout est dit, on ne cherche pas plus loin. Aujourd’hui encore, presque 60 ans plus tard, on ne sait toujours pas qui a tué les enfants Crimmins, ni pourquoi. Il y a eu des pistes pourtant, mais non, il fallait que ce soit la mère. 

Avec un ton détaché, qui permet de garder une distance objective par rapport à cette femme et à ce crime terrible qu’est l’assassinat de deux petits innocents, Renevier nous plonge dans cette investigation qui est aux antipodes de la justice. Elle nous explique que ce qui condamne Alice, c’est sa personnalité bien plus que ses actes, d’autant plus que, jusqu’à preuve du contraire,  elle n’a pas tué Eddie et Missy. 

Comme tous les volumes de cette excellente collection, l’Affaire Alice Crimmins, en plus d’être une enquête criminelle passionnante, est aussi et surtout l’occasion de dépeindre une Amérique pas très reluisante, plus prompte à donner des leçons sur ce qu’il se passe chez les autres qu’à agir correctement chez elle…   


« Les protestataires jettent dans un immense bidon baptisé "poubelle de la liberté" tout ce qui pour elles représente les symboles de leur asservissement…»

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