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L'allemand de ma mère

Catherine Clément

« …son nom, si beau pour un pareil évènement, la Nuit de Cristal, qui brille et qui pétille…»

En 1937, à la faculté de médecine de Paris, Raymonde et Yves se rencontrent. Elle est née juive, lui catholique. Ils s’aiment, tant pis pour la religion et la convenance. Ils sont décidés à se marier et leurs proches ne peuvent rien leur opposer. Ainsi, ils convolent mais les deux familles se mettent tout de même d’accord pour tout faire afin de protéger la jeune épouse et les éventuels enfants à venir, sentant le vent de l’antisémitisme allemand souffler de plus en plus fort sur la France. Ainsi, quand Raymonde donne naissance à la petite Catherine, cette dernière est confiée aux bons soins des parents d’Yves, dans la campagne Angevine tandis que le couple retrouve sa pharmacie, rue du Cherche-Midi à Paris.

Là s’est nouée une drôle d’amitié avec un homme qui s’est d’abord présenté comme un médecin réfugié allemand. Il s’avère que le Docteur Schütz est un soldat SS certes, mais anti-nazi avant tout, et pendant toute la durée de la guerre et de l’occupation, il sera une sorte d’ange gardien pour Raymonde dont le mariage avec un goy n’est pas une protection.

Ainsi, au fur et à mesure qu’il apprend que des rafles ou des actes antisémites sont programmés, le faux Samuel rend visite au couple et lui fait comprendre quand se mettre à l’abri.

La pharmacie centrale du Cherche-midi étant le centre d’approvisionnement déclaré d’une force allemande, personne ne s’étonne de voir débarquer régulièrement cet officier même s’il inquiète, forcément.

Raymonde et Yves vont ainsi vivre ces six années de conflits, sous la protection de cet Allemand, tandis que le reste de leurs familles tentent de continuer à vivre et - pour les grand-parents paternels - à éduquer l’enfant qui grandira au rythme des morts et des bombardements, au bord de la Loire.

« Le village de Lidice (…) entièrement rasé, ses habitants tous fusillés, ses habitantes toutes déportées en camp de concentration, quatre-vingt-huit enfants, assassinés. On nivela le sol de Lidice par-dessus les cadavres sans sépulture. »

J’avais entendu parler du Docteur Schütz, comme de Schindler, et de ce récit il y a déjà quelques mois et forcément, vu mon grand intérêt pour la seconde guerre mondiale, je pensais vraiment me régaler. Mais je m’attendais davantage à… autre chose. Le traitement est certes intéressant, mêlant sans cesse la petite histoire à la grande, mais justement, ce qui m’attirait, c’était cette petite histoire, ces destins entremêlés de l’officier allemand et du couple de pharmacien.

Ici, il s’agit d’un cours d’Histoire. Des dates, encore et encore. Des faits, certes terribles, mais qui éloignent du cœur du sujet. Il y a beaucoup de choses que l’on sait, même si l’on ne peut pas les fixer sur une frise chronologique. Mais on sait. Il y a aussi - rendons cet honneur à l’auteure - des choses que l’on apprend et qui font froid dans le dos. Les accords entre le gouvernement de Vichy et l’occupant, notamment, recèlent de petits arrangements qui nous font détester Pétain et ses préfets collabos. Mais il y a aussi les petits actes individuels qui parsèment le récit comme ils ont parsemé l’Europe. Ces petits actes qui révèlent qu’en chacun peut se cacher un héros ou un salaud.

Ce que je retiendrai de cette lecture, ce ne sont pas les dates - vous vous en seriez douté - mais les héroïsmes et traîtrises du quotidien, ces actions isolées qui ont donné une direction ou une autre à la vie des gens, le besoin de retrouver un peu le goût de la vie et du bonheur, même dans des temps très difficiles. Ces faims des citoyens de se retrouver, de s’aider et de s’aimer même dans les circonstances les plus atroces.

La vie de l’auteure n’a tenu qu’à la parole de cet officier Allemand qui a joué double-jeu pour sauver ces pharmaciens qu’il ne connaissait finalement pas tant que ça. Et dans la Grande Histoire, ce militaire, est, en quelque sorte, un Grand Héros.


« Pour dissimuler leurs intentions, les Soviétiques mirent en place la maskirovka, une désinformation systématique héritée d'une vieille tradition de suspense et de surprise…»

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