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L'histoire du Fils

Marie-Hélène Lafon

Léon parle comme ça, il a ses mots à lui (...) ce sont des mots qui arrangent les choses, font rire, ou sourire, et consolent le monde.

Mon marathon Lafon prend fin aujourd'hui, au lendemain de la visite de l'auteure Cantalouse dans les murs de la Bibliothèque. J'ai commencé il y a deux jours avec son premier roman, Le soir du chien, et je clôture à l'instant même son dernier, couronné du prestigieux Prix Renaudot 2020.


André est élevé par Hélène et Léon, sa tante maternelle et son mari. C'est un enfant solaire, qui illumine le quotidien de sa famille, de ses amis. Il est le fruit d'une aventure : celle de Gabrielle, sa mère, et de Paul, un élève du pensionnat d'Aurillac où Gaby était infirmière dans les années 1920. L'enfant pousse dans le bon air du Lot tandis que sa mère vit sa vie à Paris.

André sait qu'Hélène et Léon ne sont pas ses parents biologiques. Il sait qu'il est né de père inconnu et il se demande aussi si ce père, dont il ignore tout, sait seulement qu'il existe.

André, maquisard en 1940, à l'âge de 16 ans, gardera toujours le bon, le beau, l'espoir et l'amour des siens en ligne de mire. Il ne se concentre que sur une seule chose : le bonheur. Et malgré les questions, les interrogations, les non-dits, les secrets de polichinelle et l'absence du Père, il sera heureux. Parfois lâche, mais heureux.

Sur 180 pages, douze chapitres correspondant à douze dates, on navigue sur un siècle d'histoires. Histoires de familles, de femmes, d'enfants. Des drames, des amours, des retrouvailles, des questions, des silences. Un siècle jour pour jour entre la mort d'un enfant et la visite d'un fils sur une tombe.

Il avait aussi appris ça, avec elle ; que les fastes affaires des corps et cette confiance muette qu'elles supposent n'empêchent pas d'être seuls.

Marie-Hélène Lafon nous l'a dit hier : la réalité est tellement pleine de surprises et de rebondissements que cette histoire, si inattendue dans la vraie vie, était presque trop romanesque pour être vraie. Et pourtant. Elle a eu connaissance de la chose (la paternité de cet homme qu'elle appelle Paul et dont elle avait peur, enfant), en 2012. Il lui aura fallu quatre ans pour mûrir, macérer, préparer son manuscrit. Et trois années supplémentaires pour finir, clôturer le chantier, pour reprendre ses mots.

Elle a su apposer son style dans cette histoire rocambolesque de filiation et de recherche du père. Elle a manié, remanié, transformé, manipulé les mots et les maux, les personnages, les recoupements, les regroupements, les amours, les rivalités, les courages et les lâchetés dans un récit vraiment très dense mais néanmoins très puissant.

Il faut s'accrocher, car la construction n'étant pas chronologique et les personnages nombreux peuvent décourager. La propension de l'auteure à ne pas vouloir faire d'éclats et son incapacité (c'est son mot à elle) à rédiger des dialogues ont donné un texte très serré, comme un tricot de mailles très fines, sans trous, sans jours, sans presque de place pour respirer à l'intérieur des chapitres.

Mais lorsque les liens se font, quand l'ouvrage se termine et qu'on prend un tantinet de recul, on voit, on admire le travail terminé, avec un soin méticuleux et d'une grande beauté.


Je pensais que Marie-Hélène Lafon écrivain(e) du terroir. Force est de constater, après trois romans lus en un temps record que non, ce n'est pas du terroir, c'est de l'humain, c'est du paysage, c'est du corps et du coeur. C'est une petite France rurale, une petite France avec ses héros, ses braves, ses courageux, ses amoureux de la terre et ses envies d'ailleurs. C'est une écriture qui ne laisse pas indifférent dans ce qu'elle décrit avec justesse la vérité des sentiments et de ceux qui les ressentent.


On se régalait surtout de la joie contagieuse qu’ils avaient toujours eue dans cette maison, c’était une bonne maladie quand on en connaissait tant de mauvaises, et cet André, né sans père, avait eu de la chance dans son malheur. Il avait transformé l’essai…






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