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La ballade du feu

Olivier Mak-Bouchard

« Je ne sais pas comment on se débrouille en France pour que l'école mette si mal en valeur ce qu'il y a de vrai en chacun de nous. »

Que faire quand on est un jeune homme timide, orphelin, vivant avec son frère et qu'on perd son boulot chez Monsieur Bricolage? Le narrateur de cette belle histoire se sent maudit. Il perd un emploi qu'il n'aimait pas mais qui payait les factures. Il repense à ses rêves d'enfance : lui, ce qu'il voulait, c'était être potier. Travailler la terre, lui donner forme, lui donner vie. Mais comme il travaillait trop bien au collège, alors non, il valait mieux continuer dans la filière générale plutôt que de gâcher son intellect dans l'artisanat. Et regardez où il en est aujourd'hui ?

Le jour de sa fin de contrat, il trouve un chat qui deviendra bien vite son ami, son conseiller Pôle Emploi, son conseiller amoureux et son directeur artistique. Tartempion - le fameux félin - est une présence dans les longues journées à chercher du travail, et c'est grâce à lui que le héros tombera sur Marjan.

De fil en aiguille, on suit la destinée de ce personnage attachant et de ceux qui l'entourent, de près ou de loin : le chat, l'aigle, le frère, la chérie. Mais aussi la vendeuse de poisson, le médecin, le passeur de feu... Et la terre, la glaise, à qui il donnera corps, à laquelle il donnera littéralement vie ! C'est par le contact retrouvé avec la matière que le narrateur reprend pied dans la réalité, qu'il saisira enfin sa destinée et réalisera son rêve. Avec une petite touche de magie et beaucoup d'amour et de courage, il est un exemple à suivre, celui de l'espoir et de la confiance. On peut parler d'erreur, certes, mais il s'agit surtout ici de réparations, des vertus de l'échec, si l'on peut dire...


« Dans la famille "j'ai foiré ma vie", je demande le fils. Ah lui, je l'ai, tiens, le voilà.»

Ce n'est que le troisième roman de Mak-Bouchard mais je peux d'ores et déjà dire que cet auteur a une place de choix dans mon cœur (et ma Billyothèque). Chaque roman est doux comme un doudou justement. Confortable, réconfortant, drôle... J'ai pensé à Chien Loup de Serge Joncour avec Le dit du Mistral, au film Forrest Gump avec Le temps des grêlons et là... je ne sais pas, je n'ai pas encore trouvé. Mais j'ai été bien.

Ancré dans le Lubéron et ses coutumes, ce récit est une ode à ce petit coin de France, à ses trésors, mais aussi une alerte sur les périls qu'il encourt : la fermeture des hôpitaux, la centralisation des services publics, la perte des traditions... C'est aussi une façon délicate de dénoncer les erreurs d’orientation scolaire : sous prétexte de valoriser l’intellect, on tue l’art et les gamins perdent le don.

Mak-Bouchard n'est pas un écrivain du terroir mais un auteur qui aime sa région, sa ville, et qui nous la fait aimer également. Il nous dit aussi qu'il faut parfois laisser rêver les enfants et les aider à réaliser leurs souhaits plutôt que de les faire rentrer dans un moule de frustration et d'échec programmé.

Ce roman facile à lire n'est pas si léger que ça dans les leçons que l'on peut en tirer, et c'est ce qui donne encore plus de valeur et de richesse à ces enseignements : ils ne passent pas en force, non, c'est en douceur que le message passe. Avec de la poésie, de l'amour, un peu de magie et des animaux... Tout ce qu'on attend d'un bon roman...


« Aujourd'hui, j'aimerais juste avoir une machine à remonter le temps et interrompre ces adultes qui savent tout, me pencher vers cet ado pour lui dire que non, ce n'est pas parce que tout s'est pété la gueule qu'il ne faut pas croire en soi, s'assoir sur ses rêves.»

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