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La capitale

Robert Menasse

« La vie. Ça fonctionne ou ça ne fonctionne pas. Quand ça fonctionne, le ça est remplacé par le on. On fonctionne. »

Une après-midi comme une autre dans la capitale Belge. Enfin presque comme les autres, puisque, devant l’hôtel Atlas, nombreux sont ceux qui voient passer un cochon. Un vrai cochon, en vadrouille dans les rues de la ville, tandis qu’un homme termine son déménagement, qu’un autre fume une cigarette en buvant une bière devant sa fenêtre et qu’un dernier tue quelqu’un dans une des suites du palace, avant de prendre la fuite. 

Des destins croisés, qui de toute évidence, n’ont rien en commun, sauf qu’ils ont été en contact plus ou moins direct avec cet animal, ce jour là où dans les semaines qui suivent. 

Une enquête de police avortée, un think tank autour de la question de l’Europe, un projet de grande envergure autour du Jubilé de la création de la Communauté Européenne. Des conflits entre services, entre commissions, entre personnes. Des interrogations, des incompréhensions, dans la capitale européenne qui n’est pas la capitale de l’Europe. Mais alors où ? Et pourquoi tous ces personnages tournent-ils ? Autour de quoi ? Autour de qui ? 

Les liens se font et se défont, les questions s’accumulent, on se perd, mais on se retrouve, tout comme le porc qui n’a de cesse d’apparaître de-ci et de-là dans les quartiers de Bruxelles et les pages du roman. 

Aura-t-on l’explication finale ? Comprendrons-nous ce qui est en train de se jouer ? Rien n’est moins sûr, mais… 


« La mort, pour un vivant, c'est toujours la mort des autres. »

C’est un OVNI. Un roman vers lequel je ne serais certainement jamais allée si je n’avais dû le lire pour de bonnes raisons. Et pourtant, malgré la difficultés, les tours et détours, les nombreux personnages et les multiples intrigues, impossible de le lâcher, car j’ai senti très rapidement qu’il se jouait ici quelque chose de bien plus puissant et de bien plus important qu’un simple roman d’espionnage ou d’enquête. 

C’est un manège, qui donne le tourni mais dont on ne veut pas descendre : des hauts, des bas, des considérations politiques, humanistes, historiques. Des points de vue qui s'affrontent ou se recoupent, des protagonistes auxquels on s’attache même s’ils paraissent, de prime abord, assez antipathiques. Il y a ici tout le spectre de l’Europe, depuis sa création jusqu’à la crise en Grèce et le Brexit. Il y a des enjeux, de la réflexion, des leçons pour nous et pour les générations à venir sur le message qui était porté par la création de l’Union Européenne et les dérives générées par le nationalisme régnant encore et toujours dans les différents États de cette soit-disant Union. 

Ce n’est pas un roman facile à lire, loin s’en faut, mais pour le moins un récit qui fait réfléchir, vraiment, profondément, à ce que nous sommes en tant qu’Européen. A notre sentiment d’appartenance, à notre patriotisme à la noix qui nous rend finalement plus faible. Une parfaite illustration de ce fameux proverbe : “Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin.”


« Pourquoi le lieu de naissance aurait-il plus important que les ambitions que l'on pouvait, mieux, que l’on devait avoir en tant qu’être humain ? »

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