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La poupée qui fait oui

Agnès de Clairville

«… ça doit être comme ça dans tous les duos, il fait toujours un con pour mettre en valeur le moins con des deux. »

1985. Arielle a 16 ans et demi. Elle entre en école d’ingénieur, en Normandie. À elle l’internat et les études supérieures, la liberté loin de ses parents et ses premières amours. Très rapidement, après les épreuves de bizutage, elle tombe sous le charme d’Eric, de 6 ans son aîné. En dernière année, ayant redoublé deux fois, ce n’est plus un garçon, c’est un homme déjà. Qui a une emprise sur la gamine précoce. Très, trop, en attente d’amour et de reconnaissance. Éric, c’est le dom Juan de l’école, celui qui navigue d’une fille à l’autre, qui papillonne et séduit à tour de bras.

Quand arrive le tour d’Arielle, elle est prête à tous les sacrifices pour séduire et garder auprès d’elle celui que tout le monde lui jalouse. Prête à s’oublier, à accepter, à se laisser prendre au gré des envies de celui dont elle est éprise.

En parallèle, alors que l’adolescente grandit et s’éloigne de plus en plus de la famille qu’elle a construite, Inès se souvient d’avoir elle aussi eu 16 ans, d’avoir elle aussi été amoureuse, d’avoir elle aussi été manipulée par plus fort et plus charismatique qu’elle. Elle souhaiterait protéger sa fille de l’amour et du chagrin qui l’accompagnera forcément mais ne sait comment faire. Elle voudrait retrouver cette enfant qu’elle a eu seule et jeune, retrouver la complicité et la confiance que l’adolescence et la distance géographique mettent à mal.

Enfin, Françoise, assistante de direction de l’établissement scolaire, elle aussi sous le charme d’Eric, lui passe toutes ses fantaisies, toutes ses lubies, le protège, sans se rendre compte que son manque de rigueur et de discipline autorise le jeune homme à toutes les excentricités et à l’assouvissement de ses désirs les plus déviants.


« On n’apprend jamais rien à ses enfants »

Ce premier roman d'Agnès de Clairville est dérangeant à plus d’un titre. Il met en lumière les comportements délétères dans les pensionnats des années 1980, laissant la place aux excès, à la sexualité débridée sans protection, sans aide pour les plus fragiles.

Arielle se trouve plongée dans un univers nouveau, en contact avec les autres étudiants, sans accompagnement, sans adulte à qui se confier et vers qui se tourner et est entraînée malgré elle dans une spirale de manipulation. Aveuglée par le charme d’Eric, elle ne se sent pas devenir victime, objet, caprice de cet indécis pour qui seule compte la conquête. Sa descente aux enfers et son besoin d'amour et d'attention n'est pas sans rappeler l'enfant qu'était Vanessa Springora dans l'aura de Matzneff, dont le comportement a été dénoncé dans le brillant Consentement.

Le parcours d'Inès en dit long sur ses souffrances à elle aussi, aux raisons qui font qu’elle ne sait pas toujours comment s’y prendre avec Arielle, qu’elle n’a pas les armes nécessaires pour l'aider. De quoi questionner la psychogénéalogie et les traumatismes qui frappent plusieurs générations les unes après les autres, comme Grégoire Bouillier le disait à propos de la faim dans Le cœur ne cède pas.

Un roman coup de poing donc, sur la sexualité des ados, la relation parents-enfants, la dépendance affective et le consentement.

Un roman à faire lire à tous les parents de futurs adultes, filles comme garçons, mais aux jeunes aussi, qu’ils soient informés et sensibilisés à l’importance de relations saines et consenties…


« L'amour… elle a encore le pouvoir de le déchirer de ses mains. »

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