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Le baobab de Stanley

Guillaume Jan

« L'avenir dure longtemps et je me demande ce que je vais bien pouvoir fabriquer avec tout ce futur. »

Quelques années après avoir découvert la plume de Guillaume Jan dans son délicieux Traîne-Savane, je repars avec lui en Afrique, le sac à dos et le cœur en fête.


« On apprend à laisser le temps se reposer, à perdre ses réflexes de petit Blanc, à écouter son corps. À bien s'entendre avec sa solitude. »

Guillaume est malheureux. Journaliste sans journal, amoureux sans amoureuse, il se console en lisant Louis-Ferdinand Céline. Et en tombant sur cette phrase : « En Afrique (…) plus ce sera loin, mieux ça vaudra ! », il se dit que oui, pourquoi pas, l’Afrique. Loin de Paris, de la France et de son chagrin. Il embarque pour Zanzibar (parce que le nom est rigolo) avec un sac à dos contenant le strict minimum et une ceinture en cuir dans laquelle il a caché ses économies. Et c’est parti. Il veut rejoindre la côte Atlantique du continent, à pied, en voiture, en moto, en bateau… tous les moyens de locomotions lui permettant de rester sur terre. Pendant trois mois, il va suivre, sans le vouloir initialement, la piste de Henry Morton Stanley qui avait fait ce même périple en trois ans, entre 1874 et 1877.

D’étapes en étapes, de rencontres en administrations, le Muzungu avance et découvre une culture, un territoire, des moeurs, un pays ravagé par la misère et lumineux de générosité. Sans condescendance, il explique que des fonctionnaires tentent de le plumer parce qu’ils ne sont plus payés depuis des semaines. Que les services de renseignements ont peur qu’il ne couvre un conflit toujours en cours au nord du pays. Que les barges et autres bateaux sont bloqués à quai pendant des semaines faute de livraisons de carburant.

D’est en ouest, il s’imprègne, il s’immerge, il se remet de ses chagrins français au contact d’une population vivant sur l’un des sols les plus riches du monde mais qui n’a rien.


« On croit choisir une destination exotique et lointaine, c'est finalement dans ses propres nostalgies qu'on est parti fouiller. Le voyage, un retour au pays natal? »

Voyager loin en étant léger. C’était le but initial de cette lecture. Qui s’est vite transformée en road-trip inattendu et rocambolesque sur les traces de Henry Morton Stanley, cet explorateur du XIXème siècle. Ce dernier, après avoir trouvé Livingston sur les rives du lac Tanganyika et passé quatre mois auprès de lui, est piqué par le virus de l’Afrique. Il consacrera sa vie à chercher les sources du Nil et du fleuve Congo, traversant le continent d’Est en Ouest pour le cartographier.

Comme Guillaume Jan, 130 ans plus tard.

C’est un récit de voyage absolument fabuleux que nous offre ici le grand-reporter. De l’ascension du Kilimandjaro à l’arrivée à Boma, il nous décrit ses découvertes, ses rencontres, ses déconvenues sans jamais porter de jugement. On n’est pas non plus dans un portrait clinique et purement factuel, dans la mesure où il y a beaucoup d’émotions dans ces pages. Mais c’est un accueil inconditionnel et ouvert des différences, une reconnaissance de ces terres méconnues. D’une certaine manière, il y a aussi un certain - comment dire - plaidoyer pour rendre au Congo ce qui appartient au Congo. Ce pays spolié, éventré, manipulé, malmené par l’Europe (Léopold II en premier lieu) puis par la Chine. Ce pays qui cache dans ses sous-sol les matières premières les plus précieuses du monde mais qui vit dans la misère la plus totale faute d’avoir les moyens financiers et humains d’être autonome.

C’est un pays en souffrance depuis tant d’années qu’on aurait tendance à oublier à quel point il est beau. C’est un pays qu’on a envie de voir, auquel on veut rendre hommage pour tout ce qu’il offre (de gré ou de force) et pour la générosité de ceux qui l’habitent. C’est un pays que Guillaume Jan sublime.

Merci pour ce magnifique voyage ! Vivement le prochain !

« Nous ne devons pas nous inquiéter de la mort, ce serait une peine perdue. Il vaut mieux s'occuper à progresser dans sa vie. »

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