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Le couteau

Salman Rushdie

« nous ne serions pas ce que nous sommes aujourd'hui sans les calamités que nous avons vécues hier. »

Le 12 août 2022, dans l’amphithéâtre de l’institut de Chautauqua, dans l’état de New-York, l’auteur est victime d’une attaque au couteau qui lui a coûté son œil droit et une partie de sa main gauche. Retour sur les évènements qui ont mené au drame. 


 « Il y a des choses qui se perdent dans le passé où nous finirons tous, oubliés pour beaucoup d'entre nous. »

Salman Rushdie est un écrivain de 75 ans à la renommée internationale, et pas seulement pour les livres dont il est l’auteur mais aussi et surtout (malheureusement) par le scandale lié à la publication des Versets Sataniques”. A la fin des années 1980, l’ayatollah Khomeiny l’a condamné à mort (lui et tous ceux qui travaillaient avec lui) par une fatwa. Après avoir vécu des années dans le secret et la peur à Londres, Rushdie part aux Etats-Unis où il décide de vivre. Tout simplement. Les années passent. Il rencontre Eliza, ils tombent amoureux, se marient. Ils vivent. 

En août 2022 donc, il est invité à prendre la parole à l’institut de Chautauqua, pour la protection des écrivains. Alors qu’il n’a pas encore vraiment commencé son discours, un jeune homme court vers lui, monte sur scène et lui assène une quinzaine de coups de couteau, l'atteignant à la gorge, au visage, sur le torse, à la main. Le pronostic vital est engagé mais l’écrivain est sauvé, son agresseur ayant été immédiatement interpellé. 

S'ensuivent de longs mois de travail de guérison, de réflexion, de questions. De peur aussi, pour son intégrité physique et psychologique. Mais bizarrement, pas pour sa sécurité. L’attentat a eu lieu, il faut maintenant se concentrer sur l’essentiel : vivre, aimer, profiter de chaque jour comme si cette seconde chance était - non pas un miracle mais - une occasion de vivre mieux, d’aimer mieux, de profiter mieux et, qui sait, d’écrire mieux. En tous cas de se battre, encore et toujours pour l’amour et la liberté d’expression. 


« Dieu ne nous a pas transmis la morale. Nous avons créé Dieu pour incarner nos instincts moraux. »

Ce récit était attendu et inévitable. Lorsque l’on passe si près de la mort après 34 ans de menace, quand on s’appelle Salman Rushdie et qu’on est poursuivi par des fanatiques qui nous haïssent à cause de leur bêtise, quand on veut célébrer la force de l’amour et la connerie de l’intégrisme, alors oui, ce livre était indispensable. Ce n’est pas une écriture thérapeutique, c’est un récit explicatif et réflexif sur les risques pris et à prendre, sur la force de la famille, sur l’art en général et la littérature en particulier. Au diapason du fantastique “Lambeau” de Philippe Lançon, Rushdie explique au lecteur toutes les étapes de sa guérison, même les moins reluisantes, ne nous épargnant jamais. Mais il le fait avec délicatesse, humour et intelligence. Il égrène ses pensées de références littéraires et cinématographiques, voire même musicales. Il parle de ses enfants, de sa merveilleuse épouse, de ses amis, de ses détracteurs. Il ne regrette pas d’avoir écrit ses versets mais de n’être parfois réduit qu’à eux, souvent par des personnes ne les ayant même jamais lus (je les ai lus, mais j’ai affreusement envie de m’y replonger!). Il fait l’apologie de la laïcité, de la liberté d’expression dans le respect de tous, il n’est pas avare en soutien à tous ceux qui, à cause de leur plume, de leurs claviers ou de leurs crayons, risquent leur vie. Il dénonce le fait que nous ne puissions plus nous exprimer au prétexte d’un soi-disant politiquement correct qui fera de nous, si nous n’y prenons pas garde, des moutons ignares incapables de libre arbitre et de sensibilité. 

Rushdie nous offre ici ce qu’il a de plus beau : son humanité dans le sens large du terme. Son intégrité morale, son intelligence émotionnelle, son érudition sans limite. Et bien évidemment, son regard acéré, vif et juste de la religion qui doit rester dans la sphère privée pour ne pas nous entraver.

Le seul reproche à faire à ce récit magnifique est qu’il m’a donné envie de lire et de voir tellement d'œuvres que je ne suis pas sûre d’avoir assez d’une vie pour atteindre ce niveau de culture !


« L'art n'est pas un luxe. C'est l'essence même de notre humanité et il n'exige aucune protection particulière si ce n'est le droit d'exister. »

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