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Le goût des pépins de pomme

Katharina Hagena

« Lire signifie collectionner, et collectionner signifie conserver, et conserver signifie se souvenir,… »

Dans les années 1990, dans le Nord de l’Allemagne, on enterre Bertha. La femme âgée laisse derrière elle 3 filles, une petite fille et une grande maison. 

Iris, la fameuse petite fille, alors âgée d’un peu moins de 30 ans, hérite de la propriété et de tout ce qu’elle porte de souvenirs et de chagrins. La décision de la grand-mère étonne tout le monde, mais il appartient à l’héritière de décider de ce qu’elle fera de ce legs. Alors qu’elle se demande si elle va ou non accepter, Iris s’immerge dans les coins et recoins de la bâtisse, du verger, du terrain qui l’entourent. Elle retourne dans les lieux qui ont bercé ses étés d’enfance et la vie de sa famille. Ses grands-parents, ses tantes, sa mère, sa cousine Rosemarie et leur amie Mira… Chacun a un passif avec Bootshaven, plus ou moins joyeux, plus ou moins triste. Et la maladie qui a frappé Bertha, la plongeant de plus en plus profondément dans l’oubli des choses, des évènements et des personnes n’arrange rien. 

Iris, bibliothécaire à Fribourg, replonge dans ses souvenirs, dans les témoignages et les récits des uns et des autres : Monsieur Lexow, l’ancien instituteur, mais aussi Max, le notaire et petit frère de Mira qui a disparu du jour au lendemain, laissant derrière elle toute son histoire avec le village et la famille Lünschen. 

En suivant les traces laissées par ceux qui sont passés là, Iris découvre et nous fait découvrir l’essence même de ce qu’elle est et le poids du passé dans la construction d’une personne et de son avenir.


« À partir d'une certaine quantité de souvenirs, chacun devait finir par en être saturé. »

Cela faisait longtemps que je voyais ce livre dans ma Billyotheque et je m’y suis plongée cherchant un livre parlant des beaux jours. Et effectivement. Il y a le printemps fleuri, l’été fruitier. Les saisons de bonheur mais aussi de peines, de deuils et d’oubli pour se sauver du chagrin. 

L’auteure nous plonge dans le passé comme dans cette maison : avec moults détails, chargés de souvenirs et d’émotions. Parce que même si l’oubli est le maître mot de la maladie qui a finalement eu raison de Bertha, et que les membres de la famille ont - maladroitement - tenté d’en nimber les évènements les plus marquants de leurs histoires, il n’est pas la solution. L’oubli soulage dans l’instant, mais c’est la mémoire qui permet la construction et la projection. Savoir d’où l’on vient, de quelles circonstances, de quels hasards, de quels drames et de quelles joies… C’est comme si rien n’arrivait vraiment par hasard finalement, et qu’Iris des années 90 n’était que le résultat de tout ce qu’il s’était passé avant. 

Un roman inattendu et plein de délicatesse, de souvenirs et de secrets de famille. Je n'aurais vraiment pas cru m’y plaire et en tirer autant d’émotions, mais force est de constater qu’il est aisé, grâce aux descriptions des lieux et des émotions, de se remémorer et de se projeter dans ce lieu que certains d’entre nous ont en eux, une maison, une propriété, un jardin où l’on a vécu et partagé, où on peut s’évader en pensées lorsque l’on sent qu’on perd pied. 

Un roman qui souligne que la famille et la maison qui l’a abritée regorgent de racines dans lesquelles il faut savoir puiser pour pousser, avancer, se construire… 


« L'oubli partagé est un lien aussi fort que les souvenirs communs. Peut-être même plus fort. »

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