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Le liseur

Bernhard Schlink

« …fuir n'est pas seulement partir, c'est aussi arriver quelque part. »

Ce roman a été évoqué récemment dans un groupe de discussion. Je n’en avais jamais entendu parler mais je l’avais dans ma bibliothèque. L’occasion de faire sa connaissance.


« On apprécie mal l'âge qu'on n'a pas encore derrière soi, ni juste devant.»

Mickaël a 15 lorsqu’il contracte la jaunisse. Alors qu’il est pris de vomissements dans la rue, une femme lui vient en aide et le raccompagne chez lui. Une fois remis sur pieds, le jeune garçon retourne voir sa bienfaitrice pour la remercier et commence alors entre eux une histoire d’amour forte. Hannah aime qu’on lui fasse la lecture, n’aime pas parler d’elle, et attend de son jeune amant qu’il travaille dur au lycée pour réussir sa vie.

C’est après quelques mois que leurs chemins se séparent de façon impromptue et qu’il perd sa trace, pour la retrouver des années plus tard, dans une cour d’assises. Elle est au banc des accusées. Et tout prend alors sens pour l’étudiant en droit qu’est devenu Mickaël. Le passé de son ancienne maîtresse, ses blessures, ses secrets, sa honte. Il assiste à son procès et à sa condamnation, mais aussi à la dissimulation de ce qui la ronge au plus profond d’elle-même et qui la pousse à accepter le verdict : plutôt la prison que la honte.

Il décide alors de rétablir un lien avec celle qu’il a tant aimée, de manière à la fois intime et distante, pendant les 18 années que durera la détention d’Hannah. Lui faisant ainsi qu’il a compris, qu’il la soutient, qu’il est présent même s’il se refuse à la voir.


« … La philosophie ne se soucie pas des enfants. Elle les a abandonnés à la pédagogie, qui s'en occupe bien mal.»

Un roman comme celui-ci, à la fois court et intense, est plein de surprises. La première partie, sur les amours du jeune Mickaël et d’Hannah m’a fait craindre le pire, traumatisée que je reste par L’éducation Sentimentale. J’appréhendais ce type de récit et les caprices d’un jeune garçon amoureux d’une femme mûre (il y a des contre-exemples, notamment chez Japrisot avec ses Mal-Partis, mais je reste traumatisée par Flaubert).

Mais dès le début de la seconde partie, au début du procès auquel assiste Mickaël, et qui le confronte de nouveau à celle qu’il a adorée et à ses secrets les plus enfouis, le récit prend une saveur et une profondeur à la fois délicates et délicieuses. Tout fait sens et, même si on se prend parfois à détester le narrateur pour son comportement distant et fuyant face à cette femme, on le comprend aussi : n’est-il pas coupable de l’avoir aimée comme elle est coupable - entre autres - de l’avoir abandonnée ?

Et finalement, plus que la culpabilité, c’est l’amour et une forme de rédemption qui prennent le dessus. Mickaël a compris qui était vraiment Hannah et ce qui l’a conduite à faire les choix qu’elle a fait. Il l’a comprise et il l’accepte, d’une certaine façon, même sans vouloir la confronter.

C’est un roman fort que je suis heureuse d’avoir lu puisqu’il est une leçon d’humanité et de réflexion sur les choix, les circonstances et les conséquences.


« Mais l’amour que l’on porte à ses parents est le seul amour dont on ne soit pas responsable. »

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