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Le Mage du Kremlin

Giuliano Da Empoli

« … celui qui révèle son secret à quelqu’un en devient l’esclave… »

C’est un roman qui a beaucoup fait parler de lui depuis sa sortie au printemps dernier. Il était grand temps pour moi de faire la connaissance du mage du Kremlin.


« La plupart des hommes de pouvoir tirent leur aura de la position qu’ils occupent. À partir du moment où ils la perdent, c’est comme si la prise avait été arrachée.»

Il est un homme, en Russie, qui, pendant environ 20 ans a été le conseiller le plus proche de Vladimir Poutine, le Tsar du 21ème siècle. Cet homme, c’est Vadim Baranov.

Le narrateur du roman raconte comment, grâce à son amour pour un grand écrivain Russe, il a pu partir à Moscou et, grâce au hasard des réseaux sociaux, a pu rencontrer ce mage, caché derrière la figure imposante de l'ancien fonctionnaire du FSB, devenu l’un des hommes les plus puissants du monde, l'un des plus craints du monde, celui qui manie la politique comme de la poterie afin d’obtenir exactement le résultat qu’il souhaite.

En 1999, alors que Boris Eltsine est sur le déclin, Baranov va chercher Poutine et aider à l’accession au poste de premier ministre de ce dernier. De fil en aiguille, d’aventure en confidence, de conseils en avis, les deux hommes, sans devenir amis, vont tisser un lien de confiance qui fera de Baranov l’un des hommes les plus puissants et en même temps les plus secrets de l’entourage du président russe.

En 280 pages, c’est un destin hors du commun qui nous est raconté par le principal intéressé, qui vit désormais reclus dans sa datcha. Avec un regard à la fois factuel et objectif sur les années passées auprès de Poutine, il retrace son ascension et son asphyxie, trompé par l'ambition du Tsar.

On n’en apprend certes énormément sur Vadim mais plus encore sur la folie de ce président qui ne recule devant absolument rien pour être le Pouvoir à l’état pur, et pas seulement celui qui le porte.

« …la seule chose que tu peux contrôler, c’est ta façon d’interpréter les événements. Si tu pars de l’idée que ce ne sont pas les choses, mais le jugement que nous portons sur elles qui nous fait souffrir, alors tu peux aspirer à prendre le contrôle de ta vie. »

Je savais que ce roman allait me faire réfléchir et m’apprendrait beaucoup de choses. Je savais également qu’il avait été finaliste pour l’obtention du prix Goncourt cette année. Je savais que ce récit, sorte de témoignage, serait dérangeant, par le portrait cinglant, sévère et acéré et néanmoins sincère de celui qui fait trembler actuellement les grandes nations occidentales, alors que la guerre fait rage depuis plusieurs mois en Ukraine.

Ce que j’ignorais, c’était que j’allais m’engouffrer avec tant d’enthousiasme dans les arcanes du pouvoir russe, m'étonner chapitre après chapitre de la folie de cet homme, et que je me prendrais d’affection pour celui qui a pourtant été son bras droit.

Ce roman dresse plusieurs portraits, mais celui qui est le plus terrifiant, c’est celui de cette nation aveuglée, de ce peuple qui ne voit pas comme il est manipulé après avoir été ballotté de gauche et de droite pendant des dizaines d’années. Sous couvert de rétablir une Russie forte, indépendante, et concurrentielle, Poutine a transformé chacun de ses citoyens en sujets, tandis qu’il prenait le rôle d’un empereur. Quiconque ose le défier ou seulement lui déplaire le fait à ses risques et périls.

C’est un ouvrage à lire (qui aurait mérité d’être couronné du Goncourt) et qui permet de mieux cerner ce personnage, dont les yeux perçants glacent, même les plus aguerris... Un regard de méchant de James Bond.


« Rien n’est plus difficile que de prendre une décision, mais une fois qu’elle est prise, il faut tout oublier, excepté ce qui peut la faire aboutir. »

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