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Le radeau des étoiles

Andrew J. Graff

« C'était un homme qui pouvait laver le monde avec ses mains, les agiter en l'air pour tout remettre en ordre.»

Fish & Bread sont deux petits garçons d’une dizaine d’années. Tous les étés, depuis trois ans, ils se retrouvent à Claypot, un petit village du Wisconsin et vivent les aventures extraordinaires de tous les petits garçons de leur âge. Sauf qu’ils ne sont pas comme tous les petits garçons de leur âge. Le papa de Fish est décédé pendant la guerre du Golfe, celui de Bread le prend pour un punching-ball. Chacun connaît les forces de l’autre, mais pas forcément tous ses secrets.

Un soir, Fish dépose son ami chez lui, sachant qu’il se fera battre, encore. C’est trop pour l’enfant. Il veut sauver son ami : il s'empare d'un pistolet laissé sur la table de la cuisine, tire sur le père maltraitant. Les deux garçons prennent la fuite, persuadés d'avoir tué l'homme. Ils pensent pouvoir s’en sortir, plein de l’utopie des enfants de leur âge. À travers la forêt, les marais, au bord des rivières, ils fuient. Ils fuient le shérif, ils fuient la culpabilité, ils fuient cette vie dont ils ne veulent plus, la réalité trop dure.

Mais ces enfants sont aimés, ils sont donc suivis de près par deux binômes. Le premier est composé du grand-père de Fish et du shérif, le second de la mère du garçon et d’une serveuse de station-service, amoureuse de l’agent de police et un peu paumée.

Ses trois duos vont avancer comme ils le peuvent dans la nature, toujours plus hostile, toujours plus dangereuse, qui leur fait comprendre qu’elle ne veut pas d’eux.

Se perdre, tomber, se relever, chuter encore, garder espoir. La poursuite de l’objectif est plus forte que les dangers de l’environnement.


« L'idée de l'amitié la réconforta, mais elle ne s'y fiait pas. Elle avait cru en cette chaleur auparavant, et s’y était brûlée. Ca lui rappelait les désillusions de la cantine.»

C’est un voyage dans un Wisconsin abrupt, sauvage, et inhospitalier au possible que nous offre Andrew J. Graff dans ce roman. Chaque personnage est aimé, mais pas naïf. On est loin des discours et des aventures bien-pensantes, dans lesquels un sourire ou un regard règle tout. Les six protagonistes souffrent, font preuve de courage, mais baissent les bras aussi de temps en temps, se rebellent ensemble ou les uns contre les autres. Et c’est sans doute ce qui fait la force de ce roman, ces héros sont des gens comme tout le monde. Des personnes qui doutent, qui pleurent, qui s’énervent, qui s’engueulent, mais qui ne lâchent rien car ils puisent la force et le courage dans l'autre.

Comme beaucoup de romans édités chez Gallmeister, c’est une plongée dans l’Amérique rurale, dans une Amérique dangereuse, non pas à cause de ses habitants mais à cause de sa flore et de sa faune. Loin des villes, loin des habitations, dans la forêt, près des rivières, un paysage aussi magnifique sur les photos qu’il est dangereux quand on s’y aventure.

C’est un voyage, c’est une quête, une réflexion sur la loyauté des enfants, la pugnacité des parents.

Auteur à suivre, ici ou ailleurs.


« Mourir, c’était une impression de cosmos (…), le cosmos au commencement des choses, quand tout n’était qu’obscurité, lumière et eau.»



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