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Les gens de Bilbao naissent où ils veulent

Maria Larrea

« Ce sourire, le premier d’une enfant à sa mère, allait rester sans réponse toute sa vie durant. »

Tout commence dans les années 1950, au Nord de l’Espagne. Victoria d’un côté, Julian de l’autre. Ils partagent une mauvaise naissance, un placement par des mères mal-aimantes. De la tristesse et un manque d’amour. Ils se rencontrent, s’aiment, se marient. Et quittent la Castille et Bilbao pour Paris. Une autre vie de misère, à deux, ensemble. Rien qu’à deux.

Jusqu’à l’arrivée de Maria, leur fille, leur fierté, leur trésor. C’est elle qui parle, qui raconte. Son enfance étouffée d’amour, mais pas que. L’appartement de fonction dans le Théâtre de la Michodière d'abord, puis celui de l'immeuble de la rue du Quatre-Septembre. Les errances et la violence de son père, l'effacement de sa mère, sa rébellion à elle.


« Ne pas être seule, c’était ne pas être folle. »

Et puis l'âge adulte, le mariage, la maternité et un tirage de cartes. La cartomancienne annonce à Maria que son père n'est pas son père. Choc, désespoir, colère. Papa n'est pas papa. Il faut en parler à Maman. Qui n'est pas maman non plus.

Apprendre à presque 30 ans qu'elle a été adoptée déclenche un tsunami chez Maria et une soif de savoir : qui elle est, d'où elle vient, de qui elle vient. Elle n'aura de cesse, pendant plus de 12 ans, de chercher.


« N’ayant jamais ressenti ce fameux instinct maternel, c’est que ça ne devait pas exister, sûrement des théories de médecins pour qu’on ne jette pas les bébés au tout-à-l’égout.»

Ce premier roman en est-il un ? Où se situe la frontière entre le récit et la fiction ? Je ne le saurai pas, puisque je ne chercherai pas. En cette période automnale de prix littéraire, l'ouvrage de Maria Larrea s'est vu décerner le prix du premier roman. On peut donc imaginer que tout n'est pas vrai, mais qu'importe.

La narration est fluide, mais rapide, on perd parfois son souffle comme Maria l'a perdu au fur et à mesure de son enfance, de sa croissance, de ses découvertes. La vie de Julian, Victoria et de leur fille est peut-être banale, mais elle n'en est pas moins puissante. Parce que ces trois orphelins sont une famille, soudée par un amour qui va au-delà de tout : les déboires et l'alcool du père, les errements et les ambitions de la fille, les manies et la peur de la mère. Tous trois partagent l'abandon et s'y retrouvent, même si Maria ne l'apprend qu'adultes.

Il y a la beauté chantante de l'Espagne d'Olivia Ruiz dans "La commode aux tiroirs de couleurs" et la puissance de la quête d'Isabelle Spaak dans "Une mère, etc..."

Il y a la beauté des mots pour cacher la profondeur des maux. Il y a une famille, quelle que soit la manière dont elle a été construite.

Un prix mérité, je ne sais pas. Mais ce que je sais, c'est que sur un sujet rebattu comme celui de l'adoption, Larrea réussit à nous émouvoir et à nous transporter. Alors prix ou pas, c'est un roman (?) qui mérite d'être lu !


« L'écriture a eu cette vertu insoupçonnée de provoquer une réaction dans la réalité.»

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