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Les promises

Jean-Christophe Grangé

« La folie des cerveaux du Troisième Reich forçait une sorte d’admiration à rebours. Toujours plus bas, toujours plus sombre, telle était la devise du Reich »

Décidément, la Seconde Guerre mondiale semble être LE thème de cette rentrée littéraire 2021. Après "Enfant de Salaud" de Chalandon et Jaenada (si, si, "Au Printemps des Monstres" se passe en 1964 mais il revient longuement sur les faits d’armes de ses personnages pendant la WW2), voici donc que Grangé s’attaque à ce sujet.

Cela étant, après cette lecture, j’ai relu mon retour sur “La Terre des morts” et quelques passages du “Jour des cendres”. Je me demande ce qu’il se passe dans la tête de Jean-Christophe depuis quelques années.


Début excellemment prometteur : Berlin 1939. Une des femmes les plus renommées de la ville (et du Reich) est retrouvée sauvagement assassinée. On confie l’enquête à Beewen, gradé SS, anciennement SA. Un gros dur donc. On lui apprend que la Kripo n’a pas été suffisamment efficace parce qu’en fait, ce n’est pas un meurtre mais deux qu’il faut élucider sur ce même mode opératoire. Au gré de son enquête et de sa vie privée, son chemin croise celui de Mina Von Hassel, baronne, et de Simon Krauss, dandy. Accessoirement tous deux psychanalystes de métier, dans des domaines différents mais aussi compétents l’un que l’autre. A eux trois, ils vont mener des investigations qui les mèneront au plus noir de la violence du Reich, dans des directions farfelues mais néanmoins plausibles tant les horreurs commises par Hitler, ses officiers et ses disciples ont atteint des sommets.


« Pour lui, le monde SS n’était ni une corporation ni une armée. Plutôt un élevage. Heinrich Himmler, éleveur de poulets de formation, l’avait voulu ainsi (...). On ne visait pas la reproduction d’hommes, mais de surhommes. »

Retournements à foison, personnages, pistes, pirouettes (cacahuètes).

Je me trouve dans ce qu’on peut appeler un cas de conscience. Parce qu’en vrai, deux bons tiers de ce gros polar ont été exaltants, hyper-prenants et m’ont rappelée pourquoi j’aime tant cet auteur. Et puis plouf. Le truc de trop. Littéralement. Et après, c’était fini. Oubliée la maîtrise du sujet, les recherches pour nous fournir des détails sur ce qu’était l’Allemagne entre 1933 et 1939. Oubliées les références à peine voilées mais pas plagiées aux gueules cassées de Lemaître. Oubliée la psychologie et les démons des héros qui en font des êtres à la fois détestables et néanmoins attachants. Le retournement de trop, celui qui fait qu’on passe du plausible au “non mais c’est bon là, arrête-toi !”.


Je suis déçue par ce dernier tiers qui, à mon avis, aurait pu être la seconde moitié. Il y a au bas mot environ 200 pages au milieu des 650 qui ne servent pas à grand-chose, si ce n’est à garder le lecteur prisonnier du récit. Et je ne dirai rien de plus parce que Grangé reste Grangé et que ses fins sont, en soi, des repas entiers.

Je garderai de ce roman une sensation douce-amère : c’est bon, voire même très bon, mais ce qu’il reste en bouche à la fin est un peu désagréable et laisse un arrière-goût de “WTF”. Étant d’un tempérament optimiste (et fidèle à mes auteurs chouchous), je garde en tête tout le bon côté, et tente d’oublier, qu’en ce qui me concerne, Grangé s’est définitivement fait rattraper et dépasser sur la scène du polar Français.

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