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Lorsque j'étais une œuvre d'art

Eric-Emmanuel Schmitt

« Aucun protocole n’abolit l’humanité. »

C'est dans le cadre d’un challenge mensuel que j’ai décidé de me plonger dans ce petit roman de Schmitt, qui était dans ma bibliothèque depuis pas mal de temps et que j’avais laissé traîner. Grand bien m’en a fait


« Entrevue rarement, la beauté illumine le monde. Côtoyée au quotidien, elle blesse, brûle et crée des plaies qui ne cicatrisent jamais. »

Le jeune Tazio a décidé de se suicider. Ce n’est pas sa première tentative, mais cette fois-ci, il est sûr de réussir. Se jeter du haut d’une falaise escarpée, ça ne peut pas rater. Fatigué de sa condition de frère cadet de jumeaux plus beaux que le jour, il veut en finir avec cette vie misérable, lui qui n’a pas été autant gâté par la nature. Mais c’était sans compter sur la présence inattendue du grand Zeus-Peter Lama. L’artiste de renommée mondiale propose un marché au jeune suicidaire : lui laisser 24 heures pour lui faire changer d’avis. Le garçon se laisse convaincre et finit par signer un contrat dans lequel il se cède entièrement au sculpteur qui pourra disposer de lui comme d’un objet. Et c’est ce qui va advenir : Zeus-Peter transforme le garçon en sculpture vivante, une grande œuvre d’art, et le renomme Adam Bis.

Officiellement mort grâce à l’organisation d’une fausse mort et de grandioses funérailles, Adam profite de cette nouvelle existence, pendant plusieurs mois, mais finit par se lasser : il se rend compte qu’il n’est plus un homme, il n’a plus d’humanité. Sa parole, sa conscience, son âme même sont autant de handicaps à sa condition d'œuvre. Il est devenu un objet créé par autrui, destiné à être exposé et - pire - vendu, exploité, non considéré. Petit à petit, il va tenter de se défaire de l’emprise de Zeus-Peter et de l’industrie de l’art. Il s’efforcera,, grâce à l’aide de Fiona, de Hannibal et de Maître Calvino, de reprendre sa liberté, sa condition d’homme.


« La Nature, en voilà une qui s'est spécialisée dans le pratique ! Pratique et pas coûteux. Très bon rapport qualité-prix. L'ingénieur du pauvre.»

Dire que je ne m’attendais pas à cela est un doux euphémisme. Ayant déjà lu plusieurs romans de l’auteur, à commencer par la remarquable Part de l’autre ou les titanesques premiers volumes de La Traversée du Temps, je ne pensais pas que Schmitt allait m’embarquer de la sorte dans une aventure aussi originale et rocambolesque.

Plein d’humour et de sagesse à la fois, ce roman s’appuie sur l’industrie de l’art et l’importance de l’image et du bruit. Ce qui fait parler n’est pas forcément ce qui est le meilleur, mais comme c’est le plus bruyant, c’est ce que l’on remarque le plus. Tazio/ Adam souffre de n’être pas vu, pas entendu, inconscient de sa valeur réelle. Et c’est en disparaissant qu’il comprend : l’amour de ses parents, l’insignifiance de ses frères, l’égo disproportionné de Lama, la force de l’amour.

Le récit m’a rappelé, dans le thème abordé de la transformation de l’homme la lecture Des fleurs pour Algernon, que j’avais également beaucoup aimé et qui souligne, comme Schmitt, que la modification de la nature profonde est un leurre : on croit que l’on est plus heureux, que l’on est plus précieux, que l’on est plus important, mais qu’en est-il vraiment ?

Cela a été un grand plaisir de retrouver un Schmitt plus fantasque, plus déluré si je puis dire, que dans les derniers romans lus. Il est ici plus léger et son imagination nous embarque en même temps qu’elle nous fait réfléchir à ce que l’on renvoie, ce que l’on pense renvoyer et ce que les autres perçoivent. Un vrai bon moment de lecture !


« Chacun de nous a trois existences. Une existence de chose : nous sommes un corps. Une existence d'esprit : nous sommes une conscience. Et une existence de discours : nous sommes ce dont les autres parlent.»

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