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Mercy Street

Jennifer Haigh

« Les temps durs ne durent jamais. Les hommes durs, si. »

A Boston, c’est l’hiver. Les tempêtes s’enchaînent, ne laissant aucun répit aux habitants de la ville pourtant habitués aux intempéries. Entre deux Nordets, ou malgré eux, les femmes continuent de venir au Centre de Mercy Street. Ici, elles bénéficient de soins, d’accompagnement, de conseils. Il s’agit d’une clinique publique, où il est également possible d’être informée et guidée dans une démarche d’avortement. Autant dire que l’établissement ne fait pas l’unanimité dans le quartier.

Employée de Mercy depuis une dizaine d’années, Claudia, 42 ans, célibataire sans enfant, est toute à sa tâche. Elle défend le droit de disposer de son corps, de ne pas être esclave de sa condition de femme. Sans être une féministe intégriste, elle a conscience de la difficulté de ne pas être un homme, et de la responsabilité que cela engendre.

Cette responsabilité, Victor aussi en est conscient. Ancien détenu, ancien chauffeur routier, actuel activiste anti-avortement, il parcourt et fait parcourir le pays à ses contacts pour manifester devant les centres de planning familial et poser des affiches pro-vie. Depuis l’arrivée d’Internet dans sa vie, il peut sévir plus loin, plus fort, plus directement, et propager ses idées de militant de droite.

Il y a aussi Timmy, vendeur de cannabis, fournisseur de Claudia et d’Anthony. Ce dernier étant en invalidité, il est le lien entre les trois autres puisqu’il consomme l’herbe de Tim, manifeste devant le Mercy et envoie des rapports et des photos à Victor.

Tous ces personnages évoluent en ligne droite, qui se croisent parfois, dont la collision fait peur mais qui font des Etats-Unis un pays si contrasté dans ses positions et ses idéaux.


« … quel était l’intérêt de fabriquer une nouvelle personne lorsque la femme elle-même - une personne qui existait déjà - comptait pour si peu ? »

Aux Etats-Unis, il y a de tout : du très bon comme du très mauvais. Le meilleur et le pire de l’humanité. Dans un contexte marqué par le retour de l’interdiction de l’avortement pour les Etats qui le souhaitent, le contraste entre les progressistes et les autres est saisissant. Dans ce roman, aux multiples personnages et aux multiples points de vue, on a Claudia, qui est tournée vers le futur et vers la liberté, l’indépendance et surtout la fierté d’être devenue ce qu’elle est malgré son passé difficile. Et puis il y a Victor. Victor est celui que l’on déteste parce qu’il a les idées que l’on abhorre. Les idées qui font peur. Les idées de suprématie blanche, de misogynie extrême, de rancœur.

En partant de ce centre de soins pour femmes, l’auteure dénonce : les aberrations du premier et du second amendement (portant sur la liberté d’expression et le port d’armes) ; le retour en arrière sur la femme en général et l’avortement en particulier ; l’étiquette posée aux minorités, aux marginaux, à ceux qui n’ont pas eu la chance de s’en sortir comme Claudia. Haigh en rajoute une petite couche sur le système de protection sociale et d’aide à l’enfance, à la consommation et l’éventuelle légalisation du cannabis. Au milieu de l’hiver, la neige de Boston ne recouvre pas ces incohérences, au contraire, elle les fait ressortir.


« Pour elle, un Ave Maria n’était qu'un terme sportif, un tir de loin osé, désespéré, voué à l’échec. »

On pourrait être gavé de ces dénonciations et de ces prises de positions, notamment sur l’IVG, surtout si on a lu Une étincelle de vie (Picoult) ou Le Chœur des Femmes (Winckler) mais non. L’auteur a une manière bien à elle de s’exprimer, qui ne lasse pas, n’ennuie pas et donne même la satisfaction d’y voir plus clair sur certains points. En narrant sans juger, en prenant et acceptant les personnages pour ce qu’ils sont dans leur intégralité et pas uniquement dans l’instant présent, elle donne aussi énormément de qualité et de puissance à ce roman. Je pensais naïvement avoir déjà beaucoup lu sur le sujet de l’avortement aux USA et ne plus pouvoir être surprise. J’avais tort. Et j’en suis ravie.


« La femme blanche manquait d’objectifs et de discipline, d’intelligence pratique pour comprendre à quoi servait sa vie. »

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