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Moi, le Glorieux

Mathieu Belezi

« C’est une histoire si révoltante que personne ne veut plus en entendre parler. »

Au début des années 50, en Algérie, Albert Vandel refuse de voir la vérité en face. Arrivé sans un sou en poche sur ce territoire hostile, il  a construit sa fortune et son égo sur les terres de Kabylie. Ce pays, il l’a colonisé, a participé au massacre des indigènes, à l’occidentalisation des us et coutumes, à la soumission des algériens. Il a acheté des terres, construit des infrastructures et plus il s’enrichissait, plus il grossissait. Et plus il s'enorgueillissait d’avoir participé au développement de ce pays qui n’avait pourtant rien demandé à personne. 

A 130 ans, il se barricade dans une de ses propriétés avec 11 autres colons, quelques domestiques, sa dernière maîtresse et, alors que les fellaghas ont pris les armes, il se souvient et raconte, à rebours, son parcours sur ces terres, les siennes. 

De son harem de 7 femmes, de sa troisième épouse, Gloria, avec laquelle il a reçu le Président Doumergue à l’occasion des 100 ans de l’Algérie Française, de sa première épouse et de ses enfants légitimes, qui lui ont été arrachés soudainement, de son enrichissement grâce à son courage et sa bravoure auprès des Français d’Algérie, aux dépens des locaux. 

Albert Vandel se souvient de son histoire personnelle et c’est à travers ce parcours individuel qu’il rappelle l’Histoire de l’Algérie Française, l’Algérie soumise, l’Algérie esclave d’un pays qui pensait en faire un territoire comme un autre, un bout de la terre des lumières, alors que la population locale était plongée dans l’ombre de la violence. 


« Le retard est une obligation des puissants qui ne doivent jamais traiter d’égal à égal avec leur entourage sous peine de voir aussitôt leur puissance contestée…»

Mathieu Belezi a l’air de s’être fait une spécialité de l’Histoire de l’Algérie. Après avoir lu (et adoré) Attaquer la Terre et le Soleil, je me suis plongée avec intérêt et effroi dans cet épisode peu glorieux de l’histoire de France. Atterrée de constater que ce pays dans lequel j’ai un peu de mal à croire en ce moment a pu se rendre coupable de tant d’horreurs dans le seul but de s’enrichir et de se développer. 

Avec une écriture qui reflète parfaitement bien la folie, le manque de discernement et de remise en question d’Albert, l’auteur nous met face aux responsabilités de la France de 1830 à 1960. Il y a des formulations, des passages, qui font d’ailleurs se demander si Albert n’est pas le fameux soldat anonyme d’Attaquer la terre, tant il est responsable de massacre et incapable d’empathie pour les locaux. 

On peut bien évidemment penser à ces Français d’Algérie qui n’ont pas demandé à être là-bas et qui se sont trouvés forcés de revenir en métropole mais ici, ce n’est pas ce qui est mis en avant. Et force est de constater que Belezi veut nous mettre face à nos responsabilités et lever le voile sur ce que ma génération n’a pas appris à l’école, et pour cause. Le français n’est pas connu pour sa capacité à se remettre en question, alors assumer les massacres d’Algérie et d’ailleurs… 

Merci en tous cas pour ce roman fort qui donne bien souvent envie de vomir mais qui a le mérite de remettre les points sur les i et les barres aux t. Alors oui, je sais, autre temps, autre mœurs, autre plein de trucs mais là, dans le contexte actuel, où la démocratie me semble en péril, ce roman m’a fait peur. J’ai vu la violence, ressenti la haine, souffert de l’égo à la française. J’ai craint pour l’avenir, j’ai voulu crier : "Souvenez-vous, c’est nous les coupables, nous les responsables, nous qui devons assumer. C’est à nous de réparer, pas aux autres de subir."


« On ne chasse pas le malheur comme on chasse le diable, le malheur ça vient de plus haut, de beaucoup plus haut, des parages incorruptibles du ciel, et ça vous tombe dessus sans prévenir… »

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