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Quand Hitler s’empara du lapin rose

Judith Kerr

« Quand on écrit, rien ne sert d'essayer de faire plaisir aux autres.  Le seul moyen d'écrire quelque chose de bon est de tâcher de se faire plaisir à soi-même. »

Berlin, 1933. Quelques semaines avant l’élection d’Hitler à la tête du pays, le climat politique commence à changer. Le père d’Anna, journaliste et écrivain, est un homme à abattre, tant il est aux antipodes des idées du parti. Avant même le scrutin, il sait qu'il vaut mieux quitter l’Allemagne. Il se rend d’abord à Prague retrouve sa femme et ses enfants en Suisse. 

C’est à Zurich que commence leur vie d’exilés. Bien leur en a pris, puisqu’à peine le chancelier élu, leur domicile à Berlin est retourné à la recherche de leurs passeports, tous les ouvrages de Vati ont été détruits, ils sont persona non grata… C’était la fuite ou la vie donc. Anna 9 ans et Max 11 ans doivent s’habituer à une nouvelle vie, beaucoup moins opulente. Et les enfants suisses sont si différents ! Il faut découvrir, s’adapter, s’intégrer. Mais les articles du père sont trop polémiques, personne ne veut le publier ici en Suisse, le pays de la neutralité. Alors il faut bouger, encore. 

Paris ? Oui, pourquoi pas. En 1934, on est encore à cinq ans de l’entrée en guerre, la France est le pays des Droits de l’Homme. Les allemands y sont encore les bienvenus. Et malgré la crise, les articles se vendent un peu. Pendant deux ans, dans leur tout petit appartement, les enfants et leurs parents vont tout faire pour s’intégrer à la ville lumière : apprendre la langue, se faire des amis, travailler à l’école, s’intégrer au mieux tandis que venant d’Allemagne, les nouvelles sont de plus en plus mauvaises. Malgré le manque de moyens financiers, il s’établit une sorte de confort où Max et Anna trouvent le bonheur, l’équilibre. Ils montrent une volonté de fer et un sérieux remarquable à l’école, ce qui leur permet de trouver leur place et d’apprendre suffisamment bien le français pour exceller. 

Cependant, la situation financière du pays et de la famille est de plus en plus précaire. Alors que les enfants viennent d’obtenir chacun les récompenses pour leur travail scolaire acharné, il faut de nouveau partir, tout quitter et commencer une nouvelle vie, loin de chez eux… Départ pour Londres et sa pluie. 


« du fond de ses onze ans, lui monta le sentiment qu'elle était vieille et triste. »

Je me souvenais du titre de ce roman, lu lorsque j’étais petite, mais pas de son histoire. Je l’ai trouvé dans une boîte à livre, heureuse de me replonger dans ce récit qui m’avait vraiment marqué, sans que je me souvienne de rien d’autre que des émotions fortes que j’avais ressenties avec lui.. Et maintenant, je sais, je me souviens. 

Du haut de ses 9 ans, Anna ne se rend pas vraiment compte de tout ce qui est en train de changer dans son pays. Elle ne se pose des questions que sur ses crayons de couleur et ses jouets. Mais quand son père fuit précipitamment, la réalité commence à prendre forme. Le petit bonhomme qui ressemble à Charlie Chaplin et qui brigue le pouvoir  est dangereux, pour les opposants, pour les juifs, pour les intellectuels. Tout ce qu’est son père. 

Judith Kerr sait trouver le ton et les mots justes pour nous raconter le parcours de cette famille en exil à travers l’Europe, avant l’entrée en guerre. A hauteur d’enfant, à destination des enfants, elle parle de l’arrivée au pouvoir d’Hitler et des conséquences directes de cette élection. Elle parle de la fuite, de la perte de repères, de découragement et de peur. Mais elle parle aussi des petites joies du quotidien, du soulagement d’être en famille, quel que soit l’endroit. Elle parle des efforts à fournir pour s’adapter à chaque fois à une nouvelle vie, de nouvelles habitudes, à toujours moins d’argent. Et elle met en lumière la générosité des gens, l’accueil, l’entraide, la solidarité. 

Judith Kerr parle de sa vie, mais ne dit pas Je car cette vie d’exil n’est pas seulement la sienne, elle est celle de tous les opposants au régime qui ont dû fuir leur pays pour sauver leur vie. Elle parle de tous ceux qui, comme son père, n'ont pas adhéré  au parti, l’ont condamné, et ont tout perdu. Elle rappelle que non, tous les Allemands ne sont pas des nazis, qu’il est important de rappeler que les premières victimes du Führer ont été ceux de sa propre nation.


 « chaque fois qu'elle sentit qu'elle risquait de perdre pied, elle se souvint qu'on ne lui imposerait pas de nager éternellement… »  

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