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Reste

Adeline Dieudonné

Annoncé et plébiscité un peu partout, ce nouveau roman interroge la question du deuil dans la relation adultère. Sujet passionnant que l’auteure sait en plus entourée de poésie et de (très bonne) musique !


« Je ne ris jamais autant que quand je me rappelle la fragilité de la vie, comme s’il était urgent de trouver de la distance, de créer un champ de force. »

S. et M. sont amants depuis huit ans. Il est marié, elle non. Ils volent du temps pour être ensemble, quelques heures, parfois une journée entière, plus rarement quelques jours d'affilée. Et c'est pendant l'une de leurs escapades illégitimes, dans un chalet en bord de lac, que M. meurt. Noyade ou arrêt cardiaque ? Ce n'est pas la question. Ce qui importe, c'est qu'il est mort, et que S. se refuse à renoncer à son amant.

Elle écrit une lettre à la veuve, pour lui expliquer que son mari ne reviendra pas, puis charge le corps dans le monospace et part. Où ? Elle ne le sait pas. Pourquoi ? Pour ne pas être séparée de l'homme qu'elle aime et auprès de qui elle n'a pas de place officielle.

Revenant sur les quelques jours qui ont suivi le drame dans une missive adressée à la femme de son amant, elle alterne entre ce qu'il s'est passé dans l'immédiate après mort et les années précédentes. Son ex-mari, sa maternité, son divorce, sa tentative de construire quelque chose avec un autre homme, jusqu'à sa rencontre avec M. qui a tout changé, à commencer par elle-même. Cet homme l'a révélée à elle-même et elle s'est découverte forte, indépendante et courageuse. Cette force et ce courage la portent dans son deuil et dans la prise de conscience que la vie ne s'arrête pas là, malgré la mort de son amant.

« Un corps s’apprend, s’explore, la première fois vient souvent trop vite pour moi. C'est pas grave, c'est juste un peu raté.»

M'est avis qu'avec Adeline Dieudonné, il ne peut y avoir de demi-mesure. Ou on adore, ou on déteste. Je m'étais déjà fait cette réflexion avec La vraie vie et Kérosène et cette impression s'est confirmé avec ce nouveau roman. Parce que l'auteure touche du doigt des sujets qui dérangent et qui interrogent la morale. Ici, on est en présence d'une maîtresse. Celle avec qui un homme trompe sa femme. Cet homme aime sa femme. Mais il aime aussi S. Et S respecte l'épouse de son amant, la rassure sur l'amour qu'il lui portait. Elle ne cherche pas d'excuse, elle explique, de façon très claire, que n'étant pas la compagne légitime de M, elle n'aura pas sa place dans la fin de vie et qu'elle ne veut pas renoncer immédiatement à son amour. Elle a conscience de faire quelque chose de répréhensible, mais quand bien même : elle a besoin de ce temps d'au revoir.

Aucun des personnages n'est détestable, et c'est aussi la force de la narration. Il n'y a ni bon ni méchant, il y a des hommes et des femmes, qui évoluent comme ils peuvent en fonction de leur patrimoine familial, de leur éducation, de leurs obligations.

C'est un roman fort sur l'amour, légitime ou non. C'est un roman sur le deuil, sur la vie, la vraie. C'est un beau roman.


« Je crois qu’on ne s'aime vraiment qu’à l’ombre de la mort. Ou quelque chose comme ça.»

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