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Tokyo Detective

Jake Adelstein


 « La loi (…) est un remède ou un poison. Tout dépend de la façon dont on l'applique. » 

Après qu’il a perdu son poste de journaliste au sein du Yomiuri Shinbun pour avoir dévoilé les malversations d’un chef Yakuza pour l’obtention d’un foi aux USA, Jake Adelstein retourne à Tokyo, endossant cette fois le rôle de détective privé. 

Ses contacts avec la mafia nippone ne sont pas si mauvais que cela, si l’on considère que le boss qu’il a dénoncé s’est rendu coupable de nombreux crimes, dont certains non validés par sa hiérarchie et son organisation. Ainsi, l’ombre de Goto plane toujours autour de Jake - ce dernier a même un contrat sur la tête - mais il est protégé par plus puissant, ce qui lui permet de mener à bien ses enquêtes, d’abord pour le compte de sociétés privées puis pour reprendre son métier de journaliste. 

Des jeux d’argents aux conséquences du Tsunami de 2011 et la fission nucléaire de Fukushima en passant par les collaborations malhonnêtes entre le Comité Olympique Japonais et les Yakuzas, Adelstein prend un malin plaisir à se mettre en danger pour révéler les vérités que beaucoup ne sont pas prêts à divulguer. Il explique même en quoi la mafia japonaise a été plus efficace que le gouvernement dans les heures qui ont suivi la catastrophe naturelle de mars 2011, allant sur le terrain pour apporter de l’aide aux civils qui avaient tout perdu. 

Sur ces années et ses enquêtes qui sont reprises ici, il n’y a pas vraiment de chronologie claire. C’est un cheminement, certes, mais qui ne suit pas forcément une ligne droite, les dates se mélangeant au gré des avancées des enquêtes. 

Il y a aussi la maladie, l’amour, la mort. Les interrogations, les peurs, les défis. Et la soif de faire éclater au grand jour la vérité sur la vie japonaise, casser l’image fantasmée que l’on peut en avoir d’ici, en occident.


« Le problème avec les révisionnistes de l'histoire, c'est qu'ils ne tirent jamais d'enseignements de leurs erreurs, car ils sont trop occupés à réécrire le passé pour prêter attention au présent. »

Tokyo Vice était le parcours d’un jeune américain qui évoluait (dangereusement) dans le journalisme japonais et qui était confronté à l’inconnu, à une autre culture, une autre façon de voir et de vivre les choses. On était dans la découverte d’un mode de vie en même temps que dans des révélations qui ont fait tomber des gens haut placé, à commencer par Goto, le second couteau du Yamaguchi-gumi. 

Dans cette suite, le journaliste n’en est plus un, il est revenu du Missouri où il a laissé son ex-femme et ses enfants et s’est lancé dans le business de la diligence raisonnable. En gros, il mène l’enquête sur des structures et des personnes pour rassurer ou mettre en garde d’autres structures et d’autres personnes avant de conclure des affaires. Cela reste de l’investigation, de la paperasse, des rencontres et des rapports, mais sans article à la fin. Quand le séisme de 2011 vient bousculer le quotidien bien rodé du détective et qu’il se rend compte de toutes les conséquences que les mensonges d’état et de la mafia nucléaire peuvent avoir sur les citoyens, il reprend la plume pour ne plus la lâcher. Il s'attaque également aux scandales qui entachent l’organisation des JO en 2020.  Il n’écrira plus directement pour les journaux nippons mais ses articles seront traduits (tout ou partie) et feront de lui une cible pour les puissants gangsters… Ou pas. 

« Avec la victoire vient l'orgueil. Et avec l'orgueil viennent les erreurs. »

La sortie, entre temps, de Tokyo Vice aura mis la lumière sur les magouilles de Goto, innocentant par là-même le boss du gang, qui se sentira du coup redevable envers le journaliste. Un échange de bons procédés existe donc entre l’enquêteur et la mafia, permettant aux uns et aux autres de respecter leurs valeurs propres tout en se respectant mutuellement. En gros. 

Il est difficile d’en dire plus, car ce livre n’est pas un roman, c’est le récit d’un homme, d’un journaliste, qui a décidé d’être un étranger au pays du soleil levant et de dévoiler des secrets sur une société qui dysfonctionne même dans les pires difficultés, sans que le reste du monde ne semble s’en apercevoir. C’est une leçon d’Histoire, de culture, mais de vie aussi. Une leçon sur ce que la passion pousse à faire, même quand cela nous met en danger. J’ai adoré ce voyage, même si je ne suis pas persuadée d’avoir envie d’aller au Japon en vrai !


« Il est parfois possible d'exorciser les fantômes qui hantent les autres. Le problème est que, peu importe où on va, on ne peut jamais vraiment se débarrasser de ses propres fantômes. »

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