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Tous immortels

Paul Pavlowitch

« Nous savions pourtant qu’il était impossible de tout dire, et les sentiments circulent bien, dans le silence. »

Un seul mot m’a convaincue de me lancer dans ce gros livre jaune : Gary. Allais-je enfin comprendre pourquoi ce monument de la littérature française s’était caché derrière un autre monument, factice de toutes pièces ?


« Tu sais, les Américains n’ont pas de fromages anciens. Ils aiment la nouveauté. L’ombre de leur passé est trop mince ? »

Paul Pavlowitch était le petit cousin de Romain Gary. Sa mère était la cousine de l’auteur et pendant son enfance (et son adolescence), Paul a vu en Romain un grand écrivain, mais également une figure paternelle, alors que son propre père était décédé.

Arrivés à Paris, Paul et sa compagne Annie sont hébergés dans les chambres de bonnes dépendantes des appartements de Romain Gary, et de son épouse, l’actrice Jean Seberg. Le couple va beaucoup les aider dans les années suivantes.

Fatigué d’être fustigé pour son style et son écriture académique, celui qui avait réalisé tous les rêves de feu de sa mère en devenant diplomate et lauréat du Goncourt en 1956 avec Les racines du ciel, décide de tromper son monde, l’intelligentsia littéraire de l’époque et d’écrire sous un faux nom un nouveau roman, diamétralement opposé à ce qu’il a l’habitude de rédiger. C’est un succès.

Suit rapidement un second roman, et c’est l’apothéose : un nouveau prix Goncourt. Alors il faut trouver un homme pour endosser le rôle du lauréat, et c’est Paul, le petit cousin, qui va mettre le costume.

Cette histoire, tout le monde la connaît. Il n’y a quasiment plus de secret autour de ce subterfuge, de cette manigance organisée par Romain Gary. Mais malgré ce que l’on en sait, on veut en savoir plus. Et c’est ce que Pavlowitch avait promis dans la promotion de Tous immortels. Mais c’est bien plus que l’histoire d’Ajar, c’est l’histoire de Romain, de sa famille, de ses femmes, de Jean, mais aussi et surtout de Paul… On pouvait pas y échapper…


« Le vice de la lecture ne flanche pas. Au contraire, les millions de titres disponibles vous encouragent, attendent patiemment le moment de vous nourrir. Tous immortels, ils ont l’éternité pour eux.»

Je suis mitigée. Ce n’est pas ce à quoi je m’attendais. Ce n’était pas à la hauteur de mes espoirs. Ce n’est pas Ajar, c’est Paul. Et on ne va pas se mentir, ce dernier m’intéresse beaucoup moins. Ou du moins ce qui m’aurait intéressée c’est une description plus détaillée de la supercherie.

463 pages ponctuées de notes de l’auteur, de références en fin de livre, d’anecdotes sur ses jours confinés entre 2020 et 2021, d’épisodes lointains, mais néanmoins importants dans l’Histoire du XXe siècle…

Et puis il y a Romain, son travail, ses obsessions, ses amours… Et puis, il y a Jean, son enfance, ses ambitions, ses combats, sa carrière… Et leur amour à tous les deux qui finalement n’a pas occupé assez de place dans ce récit. Pour finir de me décevoir, ce n’est qu’au bout de 370 pages que le nom d' Ajar intervient enfin. Il était temps.

On sent une certaine rancœur, un goût d’inachevé chez Pavlowitch. Mais également un style pompeux, presque envieux.

J’avais été prévenue pourtant : « Te connaissant Aurélie, et connaissant ton amour pour Gary, tu ne l’aimeras pas moins, mais tu détesteras Pavlowitch. » C’est exactement ce qu’il s’est passé. Est-ce dû à son grand âge ? À son envie ? À ses regrets ? A son écriture prétentieuse ? Je ne sais pas. Toujours est-il que je n’ai pas aimé le portrait qu’il a fait du grand auteur que je chéris et que j’admire. Peut-être manqué-je d’objectivité ? Ça m’arrive assez souvent ! Je peux l’accepter, mais ce qui est sûr c’est que Pavlowitch n’a pas réussi à ternir l’image de Gary, il a terni la sienne propre.


Malgré des repères chronologiques marquants et intéressants pour comprendre les comportements inscrits dans des contextes qui ont marqué la vie de Romain, de Lesley (sa première épouse) et de Jean, il y a aussi des données qui polluent le récit. Sans parler bien évidemment de ces références en fin d’ouvrage qui coupent la lecture et qui, bien qu’intéressantes, ne sont pas toujours la bienvenue autrement que pour nous échapper de cette rédaction qui se voudrait à la hauteur de celle du maître sans lui arriver à la cheville.

Je m’en vais de ce pas relire avec délice, La vie devant soi, La promesse de l’aube, et découvrir tout ce que je n’ai pas encore lu, tout ce que je n’ai pas encore vu, et tout ce qui me confortera dans l’idée que Gary est sans doute l’un des plus grands auteurs, des plus grands hommes du XXe siècle, quelque soit le nom qu’il portait.


« La mémoire fait défaut ou pis encore elle organise, elle trompe, elle me trompe.(…) C'est d'ailleurs comme ça pour tout le monde. Dès qu'elle semble apparaître, la vérité est en fuite.

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