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Un autre tambour

William Melvin Kelley

« Il est affreux de penser que ce que vous pouvez faire de mieux pour les gens que vous aimez, c'est de les laisser tranquilles »

Lorsqu’Abel Quentin est venu présenter Le Voyant d’Etampes à la librairie, il a abordé la question de la ségrégation et des ouvrages qui mériteraient d’être lus. Parmi eux, Un autre Tambour… noté dans un coin de ma tête, je me suis plongée dedans ces derniers jours et y ai retrouvé un sujet cher à mon cœur…


1957, Wilson City, Sud des Etats-Unis, entre Alabama et Mississippi. Un matin, un camion déboule dans la ville. Il livre du sel à un jeune noir, propriétaire depuis peu d'une petite ferme. Ce dernier sème le sel sur ses terres, tue sa vache et son cheval d'une balle dans la tête, abat l'arbre de sa cour et met de le feu à sa maison. Il prend ensuite femme et enfants par la main et quitte l'Etat. Cet homme, Tucker, a toujours été au service de. Et dans le secret de son âme et de son cœur, il veut une chose pour laquelle il ne va pas se battre, non, mais il va agir. C’est ce mouvement qu’il va lancer prendra tout le monde de court car dans les jours qui suivent, tous les noirs des environs font de même : en bus, en train, en voiture, ou à pieds, ils quittent ces terres hostiles du Sud ségrégationniste.


« L’année prochain, j’irai à l’université, dans le Nord, comme Dewey, et j’y rencontrerai des gens de couleurs. Je m’en réjouis même à l’avance parce que Dewey dit que cette expérience est déjà, en soi, toute une éducation ».

Roman chorale, ce récit donne la parole aux blancs qui assistent, entre les années 30 et la fin des années 50 aux évolutions de la situation des noirs aux USA, à la progression des droits civiques, aux différences qui ne s'atténuent pas assez vite entre Nord et Sud. Les mentalités se confrontent, se battent, entre ceux qui s'adaptent au temps qui passe, qui évoluent dans le bon sens, et ceux qui persistent dans leur racisme. Les noirs partent, les blancs ne (se) comprennent pas. Le défi relevé de cette chorale réside aussi dans la capacité de l’auteur à se vêtir des caractéristiques de personnalités complètement différentes : sexe, âge, époque, lieu…


« Très bientôt, (…) vos Tucker se lèveront et diront : Je peux faire ce que je veux, sans attendre que quelqu’un vienne me donner la liberté (…). Je n’ai besoin de personne. Je peux faire ce qui me plaît pour moi-même et par moi-même »

Il y a par ailleurs des parallèles à faire entre ce qui se lit dans ce roman et ce qui se passe dans notre vie quotidienne depuis le début de la pandémie : des personnes qui font le job qu’on leur demande, qu’on leur laisse pourrait-on dire. Mais le jour où ces personnes partent, qui doit faire le boulot ? qui assurera ? C’est l’absence – des personnes ou des libertés –qui ouvre les yeux sur la valeur véritable de ce que nous avions et qui, d’un coup, nous fait défaut. J’ai été charmée par cette écriture, ce ton, à la fois simple et juste, incisif.


« Faut croire que l’air des gens et ce qu’ils disent n’ont aucune espèce d’importance; ce qui compte, c’est ce qu’ils font. »

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