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Une joie féroce

Sorj Chalandon

« Les amitiés captives sont des serments à vie.»

J'ai été plus que ravie de constater que, dans la grande pile des livres à lire de ma Billyothèque se trouvait un roman de Sorj ChalandonChouette Chouette Chouette, c'était la promesse d'un beau moment de lecture !


« C'est l'histoire de quatre femmes. Elles se sont aventurées au plus loin. Jusqu'au plus obscur, au plus dangereux, au plus dément. Ensemble, elles ont détruit le pavillon des cancéreuses pour élever une joyeuse citadelle. »

Jeanne a 39 ans. Libraire, elle vit seule avec son mari distant depuis la mort de leur fils Jules, quelques années auparavant. Ce décès n'a laissé du couple que l'image d'un duo : chacun pour soi, chacun dans son coin, mais ensemble. Quand on découvre à la jeune femme un cancer du sein, elle est abasourdie et soudain abandonnée. Matt ne peut pas supporter de la savoir malade, il rejette la maladie, il fuit la malade. C'est lors d'une séance de chimio que Jeanne va faire la connaissance de Brigitte. La battante, la courageuse, la soignante. Également atteinte du crabe, cette bretonne bienveillante va prendre Jeanne sous son aile de cabe et la faire entrer dans une sororité, composée d'Assia et Mélody, les membres de sa famille composée.

Chacune de ces quatre femmes a eu ses hauts mais surtout ses bas. Chacune a un parcours de vie et de mère avorté. Elles vont être là les unes pour les autres, et lorsque l'ex de Mélody demande 100 000 € pour rendre la petite fille de la jeune femme, la bande des K (pour cancer) décide d'un plan d'action qui permettra de réunir la somme, de réunir la mère et l'enfant, la plus belle petite fille du monde.

Entre séances de chimio et plan d'attaque, c'est l'histoire de quatre femmes qui ne veulent pas être résumées à une maladie, que le cancer va réveiller et faire bouger.


« Mais on n’est pas malade du cancer. Pas seulement. Malade ? Le mot est trop petit, trop étriqué… Dans le mot cancer, il y a de l’injustice. De la traîtrise. C’est le corps qui renonce. »

C'est assez fréquent, surtout ces derniers temps. Je prends le livre, je ne regarde pas la quatrième de couverture, je me lance dans le roman et advienne que pourra. Je ne prenais pas trop de risques avec Chalandon, je savais au moins ça. J'ai d'abord été effrayée, je dois l'avouer. Un roman sur le cancer ? Arg, non, je n'ai pas la tête à ça. Et puis, de page en page, de chapitre en chapitre, j'ai compris qu'il ne s'agit pas de la maladie mais de ce qu'elle déclenche, de la révolution qu'elle entraîne. Jeanne-Pardon se transforme, mue. Elle ne devient pas crabe, mais papillon. Le mal la révèle à elle-même, en même temps qu'il met en lumière la lâcheté de son mari et la force de l'amitié.

« Après les feux de l'amour, reste un grincement de sommier.»

Là où l'auteur est particulièrement fort, c'est non seulement dans sa capacité à surprendre, comme dans Le jour d'avant mais aussi de nous faire oublier qu'il n'est pas une femme de 40 ans atteinte d'un cancer. Il se coule dans la peau de Jeanne avec une telle fluidité, une telle délicatesse, que même en sachant qui il est, on est avec son personnage, avec cette femme, cette mère, cette amie, cette malade, cette battante.

J'ai eu peur du roman dans ses premières pages, puis j'ai eu peur avec le roman. Enfin j'ai eu peur de quitter le roman. C'est toute la force de Chalandon. Son écriture juste, journalistique, presque chirurgicale : des sentiments oui, mais pas trop. Du drame oui, mais des faits, des actes, de l'action. Ne pas se lamenter, avancer. A l'aveuglette peut-être, mais toujours un pas devant l'autre.

Tous les personnages de Sorj sont forts, Jeanne et ses amies ne font pas exception. Tous les récits de Sorj recèlent une leçon de courage et d'abnégation. "Une joie féroce" ne fait pas exception. Du grand Sorj. Pas une exception.

"Mon destin m'échappe, c'est la première leçon du cancer." […] "Se réapproprier rageusement son destin est la deuxième leçon."

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