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Western

Maria Pourchet

« Chez les puissants, les approximations c'est la personnalité, et les défauts c'est la grâce. »

Prix de Flore de l’année 2023, ce roman de Maria Pourchet a beaucoup fait parlé de lui cet automne. Du coup, c’était un devoir pour moi de me plonger dedans pour me faire mon opinion…


« Le problème avec la violence psychologique, c'est qu'on peut. (...) Le problème avec l'emprise c'est son synonyme, l'amour, et le problème avec lui ce sont ses droits. »

Alexis Zagner est comédien. Tête d’affiche, star du théâtre qui ne boude pas le cinéma et la télévision. Il est partout, mais surtout, il est le Dom Juan de la pièce dont on doit jouer aujourd’hui la répétition générale. Et Alexis n’est pas là. Absent. Injoignable. Introuvable. Il a été vu, hagard, quelques jours auparavant, mais depuis dimanche, plus rien. 

Aurore est maman célibataire. Elle a un travail non essentiel qui lui permet de survivre et d’élever son fils de 7 ans. Elle ne s’éclate pas mais a quand même un amant, ce qui la satisfait, globalement. Mais elle ne dort plus. Ou si peu que son organisme la lâche. Et c’est dans ce moment de faiblesse, qu’on apprend la mort de sa mère. Sabine est décédée, laissant à Aurore une maison dans le Quercy, loin de Paris, loin du bruit, loin de tout. 

C’est dans le Causse que les chemins d’Alexis et d’Aurore vont se retrouver. Tels deux héros de Western, cabossés, abîmés, braves et courageux malgré les nombreuses embûches, ils traînent aussi des casseroles, Alexis surtout, aux lourdes conséquences. Ils vont apprendre à se connaître, à s’apprivoiser, à s’apprécier, à se détester mais aussi à parler et à écouter. Vraiment, attentivement. Sincèrement. Ils vont se livrer l’un à l’autre : les secrets, les drames, les succès et les échecs. Pendant qu’à Paris, une autre catastrophe se prépare autour du comédien… .


« Rien ne change dans les villages, à croire qu'ils ne servent qu'à ça, témoigner des enfances pourries et des morts pour la France, des prénoms lambda gravés sur les monuments et des bancs d'école. »

C’est très surprenant. Tant que j’étais dans le roman, je m’ennuyais presque. Et maintenant que j’en suis sortie, je me remémore toutes les petites subtilités, les détails qui ont de l’importance, tout ce qui rend cette lecture intéressante et prenante. Il ne m’a pas fallu longtemps pour le lire, tant j’ai été prise dans ces destins de cowboys désabusés. J’ai parfois été un peu agacée : ce rappel incessant aux codes des westerns et en même temps un niveau de langue très soutenu, très riche, qui oblige parfois à relire la même phrase plusieurs fois pour être sûre de l’avoir bien comprise. 

C’est un roman tout en contradictions finalement. Tout en surprise aussi, car le plus fort n’est pas celui qu’on croit, la plus gentille n’est pas la plus chanceuse. Les gentils ne gagnent pas à la fin mais les méchants le sont-ils vraiment ? Une leçon sur les jugements parfois trop rapides qui peuvent être faits en ce temps marqué par la Wokisme et le scandale qui tirent plus vite que leurs ombres. Il faut mettre de la subtilité, de l’objectivité et de l'ouverture d’esprit dans les évènements qui arrivent si on ne veut pas se laisser enfermer par les condamnations rapides et les idées reçues. Un roman en deux temps donc : la lecture et la digestion… Prendre d’abord, réfléchir ensuite. 


« L'amour est endémique, il repousse n'importe où. On ne dit qu'il est rare que par bonté pour les manants et les secs, pour ceux qui n'ont rien sous la peau. En vérité il est partout, explosif ou rampant. »

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