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Grande Couronne

Salomé Kiner

Le ciel peut tomber sur la terre, votre famille se décomposer, vos amis s’éloigner ; l’alphabet, lui ne changera jamais.

J’ai beaucoup beaucoup hésité avant de me lancer dans ce CR de lecture. D’abord parce que j’ai finalement cédé à la tentation d’une nouvelle sortie de la #rentréelittéraire2021 (bah non, en fait, je n’en suis définitivement pas sortie) et aussi parce que je ne savais pas comment présenter ce roman qui m’a été recommandé par une professionnelle.


L’héroïne (comment s'appelle-t-elle, je crois qu’on ne le sait jamais) est une adolescente de 14 ans. Elle vit quelque part entre Enghien les Bains et Bobigny. Nous sommes en 1999, elle rêve de Pépito, de Nike Air, de paillettes et de voyages. Elle rêve de ce qu’elle ne peut pas avoir. Non pas que ses parents soient sous le seuil de pauvreté, juste qu’ils n’adhèrent pas à ce système régi par le marketing. Elle décide donc de se débrouiller par elle-même. Elle va intégrer le groupe Magritte, groupe de jeunes filles s’adonnant à des pratiques sexuelles monnayées : masturbation, fellation… Une gâterie rapporte 50 francs, et malgré sa réticence, et les violences de ses débuts dans le métier, celle qui se fait appeler Tennessee finit par se prendre au jeu si l'on peut dire, pour être à la mode et dans le moule.

Pendant ce temps, sa vie familiale explose : ses parents divorcent et sa sœur aînée abandonne le navire, dont le capitaine maternelle est en pleine dépression alors qu'il y a encore deux petits frères à bord, dont l'un est mentalement handicapé.

Je perds le fil des évènements qui ont suivi(...) parce qu’un malheur ne vient jamais seul et qu’à force de s’empiler, ils finissent par se confondre.

Esquisse d’une époque et d’une génération qui a commencé à faire les frais de la grande consommation et de la dictature des marques (si, si, je me souviens bien, 17 ans en 1999, la bonne paire de chaussures décidait de ma réputation), Grande Couronne est aussi le portrait d’une enfant qui doit grandir vite et pour le plus souvent seule, si elle veut que les rêves qu’elle a se réalisent. Une jeune fille qui ne fait pas toujours ce qu’elle doit quand elle le doit, mais qui fait ce qu’elle peut, avec l’innocence, la naïveté et l’engagement que l’on peut avoir à cet âge là.

Quant au pouvoir d’achat, j’y avais goûté, j'en étais revenue - les billets bleus du Petit Prince n’avaient pas empêché les catastrophes de se déchaîner sur ma vie.

Parfois redondante, mais toujours accessible, Kiner nous rappelle cette époque, pas si lointaine, qui a marqué un tournant pour beaucoup. C’est aussi un coup de Stabilo Boss (pas n’importe quel surligneur surtout) sur les difficultés de ces gamins évoluant à la périphérie du mieux, du bien, du bonheur. La périphérie, c’est la grande couronne, le bonheur, c’est Paris.

Ce roman, je ne sais pas si je me souviendrai de tous les détails mais ce qui est sûr, c’est qu’il a fait remonter en moi une réminiscence de ce temps-là, ce temps où il fallait s’habiller chez Morgan, porter des Dr Martens (que je porte toujours, 22 ans plus tard), se maquiller, s'habiller, rentrer dans le moule et cacher ses faiblesses.

Une période où le plus important n’était pas tant ce que tu étais que ce que tu montrais. Une période terminée ? Pas sûre…


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