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Jewish Cock

Katharina Volckmer

«Faire l’amour est une expression tellement idiote(...). Comment peut-on faire une émotion? Et pourquoi ne dit-on jamais faire la haine, l’ennui ou le désespoir ? »

Ce roman à la couverture rose est un OVNI de la rentrée littéraire. Une femme est allongée sur la table d’examen de son gynécologue. Et elle lui parle, elle lui parle, elle lui parle. C’est un long monologue de 190 pages pendant lequel elle se livre à cœur et à corps ouvert à ce médecin qui est plongé dans son intimité.


Depuis sa condition d’allemande et sa relation aux juifs aux traumatismes ressentis de l’enfance avec sa mère (ressentis, pas subis!) en passant par les raisons de son licenciement et les origines d’un héritage reçu, tout y passe. Elle ne fait que ça : revenir sur qui est elle, ce qu’elle est, comment elle est devenue ce qu’elle est. Son addiction (?) au sexe, ou plutôt son rapport particulier au sexe masculin, sa relation avec un un homme marié et brisé, ses émois, ses pensées, ses contradictions et ses à-prioris.

« … à l’époque, une fille n’était rien d’autre qu’une forme poussant joyeusement autour d’un vagin... »

Tout en antagonismes mais néanmoins avec beaucoup de bon sens, on comprend que celle qui parle (et qui n’a pas de prénom), est en souffrance et ce depuis longtemps. Et celui à qui elle s’adresse est celui qui lui permettra, malgré les dissonances de leurs origines respectives, de se (re)trouver, d’être enfin vraiment qui elle veut être, qui elle se sent être. Une personne un peu plus en paix avec elle-même et donc avec le monde.

« C’est curieux (...) cette peur que nous avons parfois de quelque chose en quoi nous ne croyons pas…»

C’est dérangeant, vraiment. Ce n’est pas le genre de livre que je ferme en me disant “j’ai aimé” ou “je n’ai pas aimé”. Il va me falloir le digérer, le penser, le réfléchir. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il ne m’aura pas laissée indifférente. De par sa construction déjà, qui n’est pas sans rappeler celle du pavé de Lucy Ellman : Les Lionnes, lu l’an dernier. C’est cette façon de passer d’un sujet à un autre parfois sans aucune transition, en ne suivant que le fil de la pensée de la narratrice : perdre le contrôle, la compréhension, avant de revenir sur un sujet qui nous permet de relier tous les autres et de terminer ce dessin en points reliés, de saisir le fond du sujet et donc de la souffrance, du positionnement de celle qui parle.

« … chacun d'entre nous porte en soi les secrets des autres et veille sur eux dans la nuit comme si c’étaient des trésors, des objets précieux qui nous lient les uns aux autres, qui nous permettent de nous reconnaître en tant qu'êtres humains... »

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