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Les enfants sont rois

Delphine de Vigan

Le titre de ce roman est aussi évocateur que son sujet est brûlant, dérangeant, angoissant.


Mélanie a rêvé de célébrité facilement acquise quand, adolescente, elle regardait Loft Story. Elle a associé la surexposition et l’amour.

En 2019, la téléréalité est toujours présente mais au-dessus de ça, il y a les réseaux sociaux et surtout YouTube. Devenue maman ou « fée », comme elle se définit elle-même., elle va s’engouffrer dans la brèche et créer la chaîne « Happy Récré », mettant en scène ses deux enfants : Sammy et Kimmy. Déballages de jouets, dégustations de produits, défis toujours plus délirants… l’objectif est de toucher le plus de monde possible, d’être aimés par le plus de monde possible. Mélanie vie dans son rêve, avec sa famille de rêve, dans une communauté de rêve… Jusqu’au jour où sa fille, alors âgée de 6 ans, disparaît sans laisser de trace.


Clara est une procédurière. C’est son métier à la brigade criminelle. Elle récupère, compile, rédige les PV d’audition, d’autopsie, d’intervention. Elle maîtrise les rouages et la syntaxe de la loi pour que les dossiers soient le plus clair et le moins discutables possibles lors de leur présentation au juge. Elle est la plume de son groupe, mais aussi un élément clé dans les investigations puisqu’elle sait se concentrer et tirer de l’écrit des détails qui échappent aux autres. Clara enquête sur la disparition de Kimmy.


Ces deux femmes que tout oppose vont forcément se croiser, de loin en loin. Mais c’est leurs valeurs, leur vision du monde en général et d’internet en particulier qui vont se confronter. Quand l’une partage tout de sa vie, dans les moindres détails, avec des filtres Instagram mais sans aucune pudeur, l’autre est abasourdie par la surexposition de ceux à qui on ne demande pas leur avis mais qui sont au cœur du business : les enfants.


De Vigan dénonce et pas qu’un peu. L’utilisation et l’exploitation de l’image des bambins auxquels on vole le droit à l’anonymat. L’illusion de la célébrité, de la vie facile, la surconsommation, au détriment des valeurs fondamentales de l’éducation. Mélanie et les autres parents (car elle n’est pas une exception malheureusement) se voilent la face : non, les enfants n’ont pas vocation à être filmés tout le temps, à être acteurs de leur propre vie, à être connus par la terre entière...


Ce roman, documenté, argumenté, extrêmement bien écrit, devrait être mis dans les mains et sous les yeux de beaucoup de parents. Ce roman, nous en reparlerons lorsque les enfants seront grands et qu’ils se retourneront contre ceux qui leur volent leur enfance.


"...Big Brother n'avait pas eu besoin de s'imposer. Big Brother avait été accueilli à bras ouverts et le coeur affamé de Likes, et chacun avait accepté d'être son propre bourreau... en échange d'un clic (...) on montrait ses enfants, sa famille, on racontait sa vie."
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