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Les âmes errantes

Cécile Pin


Un premier roman à la couverture rose, au titre énigmatique. Pas d’autres infos, pas de spéculation. Une pêche aveugle, mais prolifique par sa richesse et ses apprentissages. Une lecture qui ne laisse pas indemne. Un livre fort, très fort !


« Savoir permet de se souvenir, et se souvenir c'est rendre hommage. Je veux que tous les morts soient honorés. »

Nous sommes en 1979, à Jung Tau un village au sud du Vietnam récemment touché par la guerre. Anh et sa famille s’apprêtent à passer à table. Ce sera leur dernier repas à 9 avant la séparation. La jeune fille de 16 ans quitte le soir-même la demeure familiale avec deux de ses frères. Ils devraient être rejoints par les autres dans quelques semaines, à Hong-Kong. Mais si le voyage clandestin des trois adolescents se déroule à peu près bien et qu’ils arrivent sur l’île chinoise comme prévu, il en va autrement pour les parents, les deux sœurs et les deux petits frères restants. Toute la famille périt en mer, leurs corps seront retrouvés et enterrés à Hong-Kong tandis qu’Anh, Thanh et Minh devront continuer leur parcours de migrants.

De Chine, ils seront envoyés en Angleterre, contrairement à ce qui était prévu initialement (ils devaient rejoindre leur oncle paternel aux USA). Après un peu plus d’un an à vivre dans un camp de réfugiés, un logement social leur est accordé à Londres. 

La jeune femme n’aura de cesse de prendre soin de ses cadets : trouver un emploi, les scolariser, les accompagner, être à la fois sœur et mère, s’oubliant dans ses nombreuses responsabilités et pleurant toujours ses morts, loin de chez eux. 

Dans une Angleterre en crise, sous le règne de Thatcher qui ne voit pas d’un très bon oeil l’accueil des milliers de migrants vietnamiens imposé par les nations unis, la famille amputée devra se battre contre les préjugés, les difficultés financières et culturelles, mais également contre eux-mêmes : leur colère, leurs déception, leur deuil.  


« une partie de ce deuil se passe loin du regard des autres, et cette partie concerne seulement la personne et celle ou celui qu'elle a perdu. »

Premier roman de Cécile Pin, Les âmes errantes retrace le parcours de trois jeunes ados mais également celui de leurs familles, du poids du passé sur ceux qui suivent. Forte de son cursus de philosophie et de sa richesse culturelle, et de ses origines multiples, la jeune femme ponctue l’histoire de Anh et de ses frères de réflexions personnelles et de faits terribles qui se sont déroulés au Vietnam lors de la guerre mais aussi de l’importance de dire pour ne pas oublier ce qu’il s’est passé, ce qu’on subit les familles, ce qu’ils ont dû faire pour se préserver, ce qu’ils ont perdu. 

Les premières pages m’ont d’abord parues naïves, mais en avançant dans le récit, j’ai perçu la profondeur et la richesse de l’écriture : Anh n’a que 16 ans lorsqu’elle quitte son pays et son foyer, c’est encore une enfant. Elle grandit - plus vite que prévu - et apprend au fur et à mesure des épreuves, très nombreuses. Arrivée à l’âge adulte, malgré une vie bien construite et un bonheur bâti à la force de son courage et de son abnégation, elle est enfin prête à affronter les fantômes du passé et à transmettre un héritage, le sien, celui de sa famille. 

Les interventions de Dao, l’esprit du petit frère, est une ancre dans les coutumes et les croyances du peuple vietnamien, une manière de nous rappeler que nos morts ne nous abandonnent jamais vraiment. 

Ainsi, je me suis laissée portée par cette histoire à la fois terrible et magnifique d’une vie après la mort : la vie d’une jeune femme combative après la mort des siens. 

Une plume prometteuse qu’il sera judicieux de suivre ! 


« elle leur avait transmis malgré tout certaines choses à travers son comportement, les pores de sa peau, ou bien ce lien invisible qui unit les mères à leurs enfants »

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