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Babysitter

Joyce Carol Oates


C’est toujours un défi personnel de se frotter à la plume de l’auteure américaine la plus prolifique qui soit. Ce nouveau roman, tiré d’une nouvelle de 2005 a été dur à lire, mais il me fallait aller au bout… 


« Si vous habitez une énigme, la seule manière de la résoudre est de continuer à avancer, jusqu’au bout. »

En 1977, dans la banlieue chic de Détroit vit Hannah. Elle est mariée, mère de deux enfants. Et elle s’ennuie un peu dans cette vie étriquée qui est la sienne, une vie sans risque, sans question et - forcément - sans réponse. Lors d’un gala qu’elle a organisé, elle fait la rencontre de Y.K., un homme aux accents étrangers qui la subjugue et va l’attirer dans les toiles de l’adultère et de la violence. Cet inconnu est louche, mais son étrangeté fascine Hannah qui ne résiste pas, malgré les actes, malgré les mots, malgré les mauvais traitements. Y.K. l’attire comme un aimant, comme un amant, et elle risque sa belle vie pour lui, pour lui plaire, pour être à la hauteur. 

Mais elle ne veut pas être à la hauteur uniquement des attentes de son amant. Elle s’épuise à être une bonne mère, une bonne épouse. Une bonne personne. Elle veut être aimée et respectée, et elle s’oublie souvent dans cette quête, instillée en elle suite à ce qu’elle a sans doute subie pendant son enfance. 

En parallèle, un tueur en série sévit dans le Grand Détroit : BabySitter enlève, torture et tue des enfants avant de les laisser dans des lieux publics, nus, à la vue de tous. Sept gamins sont déjà morts, un huitième vient d’être enlevé, dans un quartier proche de celui d’Hannah. Le mari de cette dernière y voit un acte racial, et rien de ce que peut dire son épouse ou la presse ne lui enlèvera de la tête que c’est un crime de noir contre les blancs. Même quand les drames se rapprochent encore d’eux et que tout porte à croire que la communauté blanche s’en prend à elle-même. 

Hannah se bat donc avec ses démons, ceux de son mari, les manies et les contacts de son amant, les caprices de ses enfants, ses idées reçues, son éducation et les attentes de sa catégorie socio-professionnelle. Il y a de quoi perdre la raison, non ? 


« Et qu’est-ce que l’amour, sinon une émotion ? Et qu’est-ce qu’une émotion, sinon une volute de fumée, un mouvement de l’air, invisible ? »

Ce n’est jamais aisé de lire cette auteure pourtant très douée pour nous immerger dans un univers. Ici, une alternance entre les banlieues aisées de Détroit et les crimes de cette grande ville en pleine mutation. Sous sa plume, c’est une dénonciation des représentations et des à-priori qui ressort. Un voile est levé sur la délinquance sexuelle, sur la violence, sur les mauvais traitements infligés aux femmes et aux enfants, et pas seulement dans les quartiers les plus glauques de la métropole. 

Oates a une façon bien à elle de nous dire que personne n’est à l’abri et que tout le monde peut être coupable. Avec des détours, des chemins sur lesquels des personnages aux profils diamétralement opposés peuvent se retrouver, se croiser, se séparer et se confronter. On note une capacité aussi à désacraliser aussi la place et le rôle de la mère, ce que j’avais déjà noté dans Petite sœur mon amour et Ma vie de Cafard. Je ne sais pas si l’auteure a des enfants, mais je ressens qu’elle a un souci avec ce qui est attendu et espéré chez les mamans. Leurs obligations, leurs devoirs… être mère n’est pas une sinécure, c’est parfois un fardeau mais c’est aussi ce qui nous porte, nous pousse aux limites de nos possibles. Être mère, au quotidien, affaiblit. Mais dans les situations les plus extrêmes, c’est aussi ce qui nous rend forte, sans souci du reste du monde et de ses dangers tant la sécurité de nos enfants est primordiale. 

C’est donc là-dessus que je resterai. Ce souvenir là de Hannah : celui d’une femme faible mais d’une mère forte !


« … les enfants ne connaissent jamais que leurs parents, pas les gens qu’ils sont. »

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