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Ce que je sais de toi

Éric Chacour

Depuis le temps que j’entendais parler de ce premier roman de la Rentrée Littéraire, il était grand temps que je me plonge dans ces pages. Quelle bonne idée ça a été de suivre les conseils de la communauté !


« Les songes ne servent qu’à ça : ranimer les absents. »

En 1961, le jeune Tarek a 12 ans. Au Caire, son père exerce la noble profession de Médecin. Ainsi, son fils suivra son exemple, c’est comme ça. Dans cette famille aisée et catholique de l’Egypte de Nasser, on marche droit, on suit les bonnes routes, on ne se fait pas remarquer. Tarek est assez transparent, il ne fait pas de bruit.

Les années passant, il apprend le métier, gagne en savoir-faire et en expertise. Il prend la relève de son paternel à la mort de ce dernier et ouvre, en plus de sa clinique en ville, un dispensaire dans les bas-fonds du quartier du Moqattam.

C’est là que le praticien dévoué rencontre Ali, puis sa mère. Très vite un lien très fort se tisse entre eux. Toutes les semaines, Tarek se rend chez le jeune homme. Après avoir promis à la mère souffrante de prendre soin du fils, il lui propose de le seconder au dispensaire puis de l’aider à la clinique, avec de vrais patients. Ils deviennent vite inséparables, et le décès de la mère d’Ali ne fera que renforcer cette amitié particulière. Au plus fort qu’il puisse être possible, sans prendre en compte les conséquences de cette liaison interdite et taboue dans une Égypte certes progressiste mais pas sur tous les plans. Tarek y perd beaucoup : sa famille, son mariage, son pays… et même davantage, mais à il ne le sait pas encore.

« La vie commencerait plus tard. Pour l’heure, ce n’était pas la vie. C’était une attente, un répit peut-être, l’enfance, une lente préparation. »

Ce roman a énormément fait parler de lui et, même s’il m’a fallu une bonne moitié pour comprendre l’engouement suscité, je l’ai finalement compris au fur et à mesure de l’intrigue. Outre cette plongée dans Le Caire sur une quarantaine d’années (de 1961 à 2000), c’est aussi le destin d’un homme qui a toujours fait ce que l’on attendait de lui, et qui - lorsqu’enfin il s’est libéré - a tout perdu. Dans cette famille, il n’y a pas de place pour la fantaisie. La matriarche, mère de Tarek, contrôle tout. Mira, l’épouse du médecin, se complaît dans son chagrin puis dans sa colère. Nesrine, la petite sœur, essaie d’illuminer son entourage. Mais il faut être dans les attendus, dans les clous, ne pas faire de vague ni de scandale.

« Il est toujours commode de laver son âme au vice des autres. »

Ce récit est écrit à la seconde personne du singulier, ce qui est surprenant, mais prend tout son sens au fur et à mesure que l’on avance. C’est un parti-pris, une sorte de manifeste qui demande plus de liberté, de fantaisie et d’amour. Moins de faux-semblants et de paraître. Plus de bonheur, en fin de compte.

Un roman que je suis ravie d’avoir lu, qui attendrit et émeut. Qui donne envie de laisser à nos enfants le choix de vivre leur vie plutôt que de réparer nos erreurs ou de reproduire nos exemples, pour qu’ils puissent eux-mêmes expérimenter les joies que la vie peut offrir.

« La vie est longue, c’est notre existence qui est courte dans la vie. »
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