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Le bureau d'éclaircissement des destins

Gaëlle Nohant

« Chez moi, ça veut dire quoi? Chez moi, c'était l'enfance. Je ne serai plus chez moi nulle part.»

Sorti à la rentrée littéraire de Janvier 2023, ce roman m’était sorti de la tête jusqu’à ce qu’on me l’offre. Je l’ai entamé sans savoir ce qui m’attendait, j’ai pris une grosse claque.


« Au moment de partir pour ce long voyage vers l'inconnu, ils ont emporté du précieux qui ne pèse pas. »

A Bad Arolsen, en Allemagne, sont installées les archives de l’ITS : International Tracing Service. Initié au lendemain de la seconde guerre mondiale, le projet consistait en la centralisation des traces du conflit en général et des horreurs des camps en particulier. De manière confidentielle d’abord, et contrainte par le conflit de la guerre froide pendant de nombreuses années, cette organisation rassemble les vestiges des victimes du nazisme.

En 2016, cela fait déjà plus de 20 ans qu’Irène travaille à l’ITS. Elle y a fait de belles rencontres mais y a aussi laissé quelques plumes. Dont son mariage. Elle se voit confier une nouvelle mission : retrouver les propriétaires (ou les légataires) d’objets retrouvés. C’est un vrai travail de fourmi, une investigation poussée et minutieuse qu’elle va devoir fournir. On la suit dans deux de ses enquêtes : l’une autour d’un médaillon, l’autre partant d’un jouet, un Pierrot sur lequel est indiqué un numéro de matricule.

A partir de ces simples objets sans la moindre valeur vénale, elle va remonter le fil des destins de femmes, d’hommes, de famille. Elle va être confrontée au pire de la guerre et au meilleur de l’humanité. Elle va être plongée dans la réalité âpre des prisonniers, des geôliers, des morts et des survivants.

Elle a beau y être habituée, elle ne s’y fait pas, à cette douleur, à ce chagrin lié aux non-dits, aux mensonges et aux secrets. Elle confronte les faits et les sources pour aller au bout de ses recherches et rendre, à qui de droit, ce qui doit être rendu.


« Mon père dit toujours qu’il veut qu’on grandisse droit, même si le monde va de travers. »

Encore un roman sur la Seconde Guerre mondiale ? Comment arrive-t-on encore à surprendre les lecteurs ? Comment être original ? Gaëlle Nohant a trouvé un nouvel angle d’attaque, celui des archives. En se penchant sur l’ITS et sur tous les centres d’archives, les mémoriaux, les musées et les autres centres, l’auteur nous explique qu’il reste des traces, des objets, des personnes et des témoignages. Des souvenirs à maintenir et à transmettre. En plaçant son intrigue en 2016, au lendemain des attentats de Paris et devant l’émergence de nouveaux dangers, elle fait le lien sur l’horreur qui a été perpétrée et ce qui nous pend au nez si on ne se souvient pas des raisons pour lesquelles l’Europe a été créée, l’humanité court à sa perte.

Elle met également en lumière le besoin, la nécessité de ne pas oublier ce que l’homme est capable de faire subir à d’autres, pour des idées faussées par la haine et la désinformation. Mais aussi par le besoin d’émancipation et l’incompréhension des enjeux réels.

J’ai vibré, tremblé, pleuré aussi. Avec ce roman, qui laissera une trace aussi indélébile que La Carte Postale d’Anne Berest ou La mort est mon métier de Robert Merle, je me suis rappelée, j’ai été plongée dans ce qui avait été l’horreur même, non pas uniquement pendant les années de 1939 à 1945, mais avant aussi, et après également. Parce que la fin de la guerre, ce n’est pas l’Armistice. C’est après, bien après. L’antisémitisme ne s’est pas arrêté du jour en lendemain, et dans les pays de l’est comme en Pologne, un autre fléau a pris le relais. C’est de tout cela que nous parle l’auteure. Et c’est pour cette prise de conscience et la curiosité qui en découle qu’il faut la remercier

« Si l'on peut rendre à quelqu'un un peu de ce qui lui a été volé, sans bien savoir ce qu'on lui rend, rien n'est tout à fait perdu. »

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