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Jusque dans la terre

Sue Rainsford

« Parfois, nos sentiments ne sont pas le meilleur indicateur de la valeur morale de nos actions.»

Quatrième roman recommandé par Vleel dans le cadre du #challengevleeldelhiver. Pas autant bouleversant que les précédents mais il y a quelque chose qui me fait dire que c’était une belle lecture, une à laquelle je ne m’attendais pas. 


« Essayer de ne pas être vu, ça ralentit le temps.»

Ada et son père vivent ensemble, dans une petite maison en bordure de forêt, à l’écart du village. Depuis combien de temps? Personne ne le sait. Ils sont là depuis toujours pense-t-on. Depuis des décennies, ils guérissent les gens des alentours, qu’ils appellent les cures. D’abord, les endormir, puis farfouiller pour trouver et extraire le mal, enterrer parfois les malades pour que la terre aspire le problème puis remettre sur pieds.

Ils sont bizarres, un peu sorciers, un peu magiciens. Ils font peur et attirent. Parce que malgré tout ce qui est dit sur eux, ils font du bien à la communauté et on continue d’aller les voir, de leur faire confiance. Et particulièrement Samson. 

Le jeune homme est tombé sous le charme d’Ada dont le père voit d’un très mauvais œil cet amour naissant. Tout comme la sœur du soupirant, enceinte jusqu’aux yeux. Il y a un lien malsain entre Samson et sa sœur Olivia. Quelque chose qui fait dire à l’homme qu’il est malade, qu’il a besoin d’être soigné. Quelque chose qui se sent sur lui, comme une odeur de danger. Mais Ada s’en fout. Ce qu’elle veut, c’est être avec lui. Être - en quelque sorte - comme tout le monde. Avoir un amoureux, ne plus voir, sentir, ressentir et extirper les maux des autres : se concentrer sur elle, sur le désir qu’elle a su faire naître elle-même, pour Samson. 

Elle qui n’est pas née mais a été faite, moulée par son père, telle une pièce de poterie, à force de travail, d’application et d’essais, elle aspire à autre chose, est prête à tout défier, même sa propre identité, sa propre vie, ses convictions profondes.


« Qu’est-ce qu’on dit, à quelqu’un qui a été en nous ? Qui sait plus de choses sur nous qu’on en sait nous-mêmes ? »

Sentiment mitigé, partagé. Et c’est agréable. Je suis dans le même état d’ébahissement qu’après la lecture de Notre part de nuit de Mariana Enriquez. De prime abord, je ne serai pas allée vers ce genre de roman, mais d’une, je l’ai choisie au hasard parmi les recommandations de Vleel, de deux j’ai une confiance aveugle dans cette maison d’édition, Aux forges de Vulcain. Et je ne peux plus dire que je n’aime pas le fantastique puisque je me rends compte que mes choix, à l’aveugle, m’y entraînent et que je m’y plais. 

Il y a quelque chose d’enivrant dans ce premier roman, quelque chose qui nous rassure malgré la magie, l’étrangeté, le surnaturel. Et ce quelque chose, c’est Ada. Ada qui n’a pas d’âge mais qui est amoureuse, qui veut sauver ce qui peut l’être, à savoir Samson et leur humanité à tous les deux. Ada et son père sont ce qui se rapproche le plus des rebouteux de nos campagnes : on ne sait pas exactement ce qu’ils font et comment ils le font mais le résultat, c’est qu’après, on se sent mieux. Leur vie privée attise les ragots, les commérages et les médisances. On ne dit pas qu’ils nous soignent, mais on y va quand même, parce qu’ils sont les seuls à pouvoir nous soulager, nous sauver. 

Derrière la couche de magie et de mystère, il y a dans ce roman beaucoup d’amour : l’amour guidant d’un père pour sa fille, l’amour malsain d’une soeur pour son frère, l’amour naïf et aveugle d’une jeune femme pour un jeune homme, l’amour résigné des soignants pour les soignés. 

Dans ce premier roman, Sue Rainsford a su mettre ce qu’il fallait de poésie, de mystère et de suspense aussi un peu pour tenir en haleine le lecteur qui ressent au fond de ses tripes la chaleur de l’environnement, la peur de ces étrangers et du lac, la douceur de l’eau, la douleur du chagrin. Beaucoup d’émotions donc, et la promesse que ce talent devra être confirmé dans d’autres romans que j’espère aussi délicats et forts.. 


« Il y a beaucoup de choses qui ne servent à rien, finalement. Finalement, quand on trouve cette seule et unique chose dont on a vraiment besoin, tout le reste devient immédiatement superflu.»

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