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La cité de la Victoire

Salman Rushdie

« Rien ne dure et pourtant tout a un sens. Nous nous élevons, nous tombons, nous nous élevons de nouveau, nous retombons. Nous persévérons (...). Nous apprenons moins de la victoire que de la défaite. »

Terminé quelques jours seulement avant l’attentat dont il a été victime l’an dernier et qui lui a coûté un oeil, le dernier roman de Salman Rushdie, sous le coup d’une fatwa depuis presque 35 ans à cause des Versets Sataniques, est aussi, de l’avis de tous, son meilleur. Il me fallait me faire ma propre idée, et je n’ai pas été déçue !


« où qu’il allât, le monde n’était qu’une illusion et c’est ce qui en faisait la beauté. »

Alors que la petite Kampana a 9 ans, sa mère se jette dans le brasier des veuves de guerre. Toutes les femmes sont mortes, immolées. L’enfant est abandonnée. C’est alors que la déesse lui parle, à travers elle-même, et lui accorde des pouvoirs immenses. A ses 18 ans, rencontrant deux frères bouviers, elle leur confie un sac de graines à planter : c’est de ces semences que poussera la cité de Bisnaga, la cité de la Victoire.

Kampana va chuchoter chacune des histoires des habitants de ce territoire, créer un monde, une ville, en devenir reine une première puis une seconde fois. Partir en exil avec ses trois filles, revenir voir la déchéance de Bisnaga, participer à la renaissance de cette dernière, voir défiler les dirigeants, les traîtres, les amis, les étrangers, les conflits et les amitiés.

Pendant toute sa vie, qui a duré plus de 250 ans, le destin de Pampa Kampana est étroitement lié à celle de la cité qu’elle a construite et dans laquelle elle veut établir une égalité entre les sexes dans tous les domaines. Son crédo réside dans la tolérance et l’équité, dans le respect des arts et des sciences, par tous et pour tous, ce pour quoi elle n’aura de cesse de se battre.


« L’histoire d’une vie a un début, un milieu et une fin. Mais si le milieu est anormalement prolongé, l’histoire n’est plus un plaisir, c’est une malédiction. »

Voilà. Je ne peux pas aller plus loin.

Résumer plus de 250 ans d’existence, c’est déjà compliqué sur 330 pages, alors sur une seule ! Et puis Pampa Kampana est pleine de mystères et de magie qu’il ne faut ni gâcher ni annoncer, tant ils se savourent au fil des pages. Ecrit comme la retranscription d’un écrit de la femme-déesse, tel un conte, avec des interventions de celui qui transmet l’histoire, c’est un magnifique voyage dans le temps et dans l’Inde du XVème et du XVIème siècle.

Je n’avais lu de Rushdie que ses Versets Sataniques, que j’ai absolument adorés. Et je retrouve ici non seulement le don de (ra)conter mais également celui de faire rêver tout en soulignant des problématiques vieilles comme le monde et qui méritent qu’on se battent encore pour elles : l’accès à l’éducation et à tous les corps de métiers des femmes, l’acceptation de toutes les religions et la tolérance et l'intégration des étrangers pour ce qu’ils peuvent apporter à un peuple. Cet appel à l’unité et à l’égalité est ce qui fait de l’épopée de Pampa Kampana et de la cité de Bisnaga un message à la fois d’Histoire et d’espoir : les combats d’hier ne sont pas terminés, et ceux d'aujourd'hui n’ont rien d’inédit. Mais il faut persévérer, ne rien lâcher et se dire que ça vaut le coup : les mots auront raison des maux.

Un grand Rushdie, à lire absolument, même si on peut plus facilement y réfléchir qu’en parler…

« L’amour le plus authentique consiste à renoncer, à abandonner ses propres rêves pour réaliser ceux de la personne qu’on aime. »

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