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La rentrée littéraire

Chaque année, entre août et septembre, c'est le même engouement. On ne remplit pas que les cartables, on empile aussi les bouquins.

Septembre est proche. Dans quelques jours à peine, les enfants vont faire leur entrée à l'école, en secondaire, en études supérieures... Les vacances sont terminées pour la plupart d'entre nous et la fin de l'été sonne le glas du repos et du temps de lecture, pour certains. Mais c'est aussi LE grand moment de l'année pour nombre d'auteurs. En effet, c'est la rentrée littéraire.

Cette année, plus de 520 ouvrages sortiront à cette occasion. Certains très attendus (Chalandon, Grangé, Jaenada,...) d'autres beaucoup moins (Musso, Nothomb,...).

C'est aussi pour les écrivains débutants le meilleur moment pour se faire connaître. Ou pas. Parce qu'en vrai, et maintenant que je suis professionnellement obligée de me pencher dans le détails de cet "évènement de l'année littéraire", je me pose des questions sur le bien fondé d'une sortie en ce moment.


"...une sortie en milieu d'année, en dehors de la Grande Boucherie de la rentrée littéraire, me permettrait une forme de visibilité". A. Quentin

Hier, par exemple, je me suis rendue en librairie. Ne riez pas, même en bossant en bibliothèque, on peut avoir encore envie d'avoir ses livres à soi. J'attendais pour ma part avec une très grande impatience le nouveau roman de Philippe Jaenada, "Au printemps des monstres". Pour dire vrai, je ne sais absolument pas de quoi ça parle, je n'ai même pas lu la quatrième de couverture et je n'ai lu qu'un seul des romans de l'auteur. Mais je trouve cet homme fort sympathique et cela suffit à faire de moi une fidèle.

Je vais donc chez mon marchand de rêves avec un objectif. Je savais que le risque était grand de sortir avec dans les mains plus d'un ouvrage mais étant courageuse, j'ai pris le risque. Et effectivement, ma mise de départ s'est vue multipliée par trois.

Je suis ressortie de là plus lourde de 1550 pages et plus légère de quelques dizaines d'euros. Mais ce n'est pas ça le plus important. Non, non. Ce qui est le plus important, à mes yeux, c'est que l'un des romans que je me suis offert m'est complètement passé à côté en terme de promotion.




 

Comprenez moi. Je suis abonnée à tout un tas de chaines et de pages sur les réseaux sociaux dédiés aux livres et aux librairies. Je travaille dans une bibliothèque où je suis en charge des romans et des romans policiers et à ce titre, je reçois les listes des livres attendus en avant première, si on peut dire. Je regarde des vidéos Youtube, lis les journaux ou articles spécialisés, je me tiens la plus au courant possible de ce qui est à venir. Et je suis passée à côté de l'arrivée du roman de Quentin Tarantino. NON MAIS ALLO !!! Quentin, LE Quentin de Kill Bill et de Pulp Fiction !! Un de mes réalisateurs préférés !

Dans un tel cas de figure, deux possibilités s'offrent à moi. Ou bien je me fustige en me disant que je suis trop nulle d'être passée à côté, ou bien je me pose la question différemment. Et c'est ce que j'ai décidé de faire (aussi pour ma santé mentale, avouons-le).



"Il n'y a jamais trop de livres ! Il en faut, et encore, et toujours ! C'est par le livre, et non par l'épée, que l'humanité vaincra le mensonge et l'injustice, conquerra la paix finale de la fraternité entre les peuples". E. Zola

520 ouvrages (environ) publiés pour cette rentrée donc. C'est la moitié de ce qui se trouve dans mes étagères. C'est cinq fois le nombre de départements en France. C'était sûr que j'allais passer à côté d'un grand nombre d'entre eux ! D'une part parce que je n'ai pas une connaissance ni une mémoire encyclopédique, d'autre part parce que tout ne m'intéresse pas, tous ne sont pas promus de la même manière. Et c'est là que je voulais en venir depuis le début.

Pour un jeune auteur qui est édité pour la première fois, et pas chez Gallimard ou chez Fleuve Editions j'entends, c'est quand même super difficile de sortir du lot. Je suis sûre que dans cette brouette de 520 articles, dont une bonne centaine de premiers romans, il y a des pépites. Mais ces pépites ne peuvent pas briller. Du moins, pas autant qu'elles le devraient. Pourquoi ? Parce que face à une toute jeune pépite pas encore polie et dégrossie, il y a des diamants bruts (ou des lingots plaqués or qui éblouissent et empêchent de voir ce qu'il y a en dessous).


Le fait est que je me considère comme une personne impliquée et intéressée dans l'actualité du livre et même si j'apprends avec humilité que non, je ne pourrai pas tout lire, jamais, je suis tout de même un peu triste pour ces jeunes auteurs qui ont été poussés à attendre septembre pour voir leur bébé sortir enfin des rotatives des imprimeurs, noyés dans la masse.


Musso, Nothomb, Angot, et même Diop, dont j'ai adoré les "Frères d'Âmes" et qui tient le devant de la scène grâce à la très récente récompense internationale qu'il a reçu, bref, tous ces mastodontes prennent de la place, beaucoup de place, et avec elle la lumière des projecteurs. Ainsi donc, certains "débutants" ne sont pas promus comme ils le mériteraient et attendront une sortie en poche ou autre pour avoir les honneurs mérités. Alors effectivement, Tarantino n'a pas tellement besoin qu'on braque les projecteurs sur lui, il brille naturellement par son talent de réalisateur. Mais les autres ? Abel Quentin, qui sort son second roman, mérite qu'on parle de lui. Peut-être même plus que Christine Angot ou Amélie Nothomb, dont les réputations ne sont plus à faire et dont les éditeurs ont les moyens de les faire mettre à l'honneur un peu partout (oui, oui, j'ai un souci avec Nothomb, je ne m'en cache pas).



La rentrée littéraire est peut-être un évènement important en cela qu'elle ouvre l'année et laisse entrevoir ceux qui seront mis à l'honneur pour les prix et distinction à venir, mais elle est aussi, d'après moi, une mauvaise période tant pour le lecteur que pour l'auteur.

Pour le lecteur qui n'aura de toute façon ni le temps ni l'argent de tout lire et de tout connaître. Pour l'auteur qui ne pourra sortir du lot, tel un étudiant dans un amphithéâtre à la fac : même les plus doués passent inaperçus dans la foule qui les entoure.



“La lumière est dans le livre. Ouvrez le livre tout grand. Laissez-le rayonner, laissez-le faire.” Victor Hugo





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