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Le dossier M - 4 Noir (La solitude)

Grégoire Bouillier

« Nos prières ne sont que les ultimes forces que nous jetons à la face de qui nous les ôte… »

Où en étions-nous ? M a finalement tranché : ce sera le fiancé et pas le narrateur. Ce sera le mariage et pas l’amour. Ce sera la raison à défaut de la passion. Et M comme deuil, comme condamnation à dix ans de Malheur.


« Les gens lisent des livres comme ils se regardent dans la glace : pour vérifier que quelque chose ne se voit pas. Et les bons livres sont ceux qui leur renvoient une bonne image d'eux ; sinon ils sont nuls.»

C’est fait. l’auteur a été condamné. Dix ans de réclusion au malheur de la perte de celle qu’il aime. Il faut qu’il occupe son temps pour que celui-ci passe. Il faut avancer, oui, mais comment?  Vers quoi ? Pourquoi ? Peut-être empêcher le mariage de se faire ? Oui mais l’Eglise n’est pas là où elle devrait être, à Santa Barbara. Alors développer des obsessions, se donner des missions d’une difficulté croissante : trouver des nacres parfaites sur les plages d’Erquy et de Plurien (Côtes d’Armor). Retrouver un enregistrement audio d’un concert de Miles Davis au théâtre du Châtelet en mai 1982. Découvrir où se trouve la croisée des chemins à la fin de Seul au monde de Robert Zemeckis, se perdre dans les délires du cinéma pornographique où les images de la station ISS de la Nasa. Développer des phobies, des pulsions, mettre sa vie en jeu et M comme poker. 

Et la lueur c’est le récit de Donald Crowhurst, cet ingénieur ruiné qui décide de participer à la première course à la voile autour du monde, en solitaire et sans escale… Don est plein de surprises, plein de poisse et de courage malgré tout. Et c’est de façon épisodique que le narrateur nous raconte l’exploit de celui qui avait la chkoumoune du siècle. Entre deux idées fixes qui font passer le temps du malheureux amoureux et lui permettent d’écouler un peu des dix ans de sa peine d’amour, il revient sur le destin surprenant de celui qui a surpris tout le monde, lui le premier. 

Et M comme marotte. 

« Toujours nous parlons du passé au nom d’un certain présent. »

Il a fallu que je reprenne les retours rédigés sur les trois premiers tomes avant de me lancer dans celui-ci. La sensation d’avoir perdu le fil et de ne pas être en capacité de retranscrire correctement tout ce par quoi l’auteur m’a fait passer. Du rire aux larmes en passant par le dégoût et les cauchemars. Non pas qu’il m’ait déçue, non, non, loin s’en faut, mais ce rappel incessant du désespoir dans lequel il se trouve et cette condamnation à dix ans qui aboutissent à la mort de Julien, suicidé avec la ceinture de son pantalon à la fenêtre de sa chambre.


« Avant, je voulais être heureux ; maintenant je fuis le malheur. »

Contrairement aux trois premiers tomes dans lequel il se passait beaucoup de choses par les digressions, ici il y a beaucoup d’actions. Oui oui ! ça bouge énormément ! Et il faut, car c'est long dix ans ! On compte les jours, les semaines, les mois avec la peur de ne pas se sortir de ce chagrin. Déjà 5 mois, seulement 5 mois, encore 9 ans et 7 mois… Comme un décompte. Alors il dénombre ses activités et nous les restitue par le menu. Et M comme Mission Impossible. M comme abandon. Dans ces pages, on a un aperçu très clair (si ça ne l’avait pas déjà été auparavant) du caractère obsessionnel de l’auteur. La même fixation qui lui a permis, des années plus tard, d’écrire 900 pages (en format broché) sur la mort d’une femme. Tout ce qu’il entreprend, il le fait à fond. Les recherches de nacres sur la plage, les parties de solitaires sur son ordinateur, les recherches de vérités dans les films. Même l’attente de la mort quand il se croit condamné, il fait ça bien, après un grand rangement de son appartement et avec une bouteille d’un excellent Whisky. 


« Tout nous vient chemin faisant ; et ainsi savons-nous que nous avons fait du chemin. Ainsi s’invente la route.»

On ferme le dossier noir en ayant la sensation d’avoir fait le plus dur. Vraiment. La suite (jaune puis vert) nous donnera raison ou tord, on verra bien. Mais ce qui est certain, c'est que ce dossier de la Solitude n’est pas si sombre que ce à quoi je m’attendais. J’ai ri. J’avoue. Comme on rit quand on voit une chute avant de se reprendre et de porter secours. Comme il le prédit lui-même dès les premières pages d’ailleurs. 

Et puis quoi ? On connaît l’issue. On sait qu’à la fin Julien se pend à la fenêtre de sa chambre en maudissant Grégoire et Patricia. On sait aussi que les dix ans sont passés, puisque les faits de Noir se déroule en 2005 et qu’on n’est pas si nuls en maths que ça. Ce qui devient notre hantise à nous n’est donc pas si mais comment. Alors vivement la suite. Vraiment.


« L’optimisme n’est rien d’autre qu’un synonyme du mot déni. L’espoir est notre pire ennemi. C’est lui qui nous pousse à la roue et qui nous et sur le flanc et sur la paille.»

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