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Les insolents

Ann Scott

« C’est ça qu’il lui faut, ne plus voir certaines choses pour oublier qu’elles existent.»

C’est la saison des prix littéraires et c’est comme ça que ce roman d’Ann Scott est arrivé à moi. Prix Renaudot, c’est tout ce que je savais. Encore une lecture à l’aveugle, comme je les aime.

« La beauté sidère quand elle est époustouflante, mais il y a aussi des visages sublimes qui peuvent devenir hideux.»

Alex est une musicienne d’un peu plus de 40 ans. Habitant le quartier du Marais à Paris, au milieu d’un environnement bobo artistique, elle décide un jour que la capitale, c’est bon, elle n’en veut plus, elle n’en peut plus. Trop de bruit, trop de monde. Elle a besoin de solitude et de silence. Alors elle loue une maison paumée dans le Finistère, à proximité de la mer et loin de tout et de tout le monde. Elle a besoin d’être seule avec elle-même pour se retrouver être inspirée. Sans permis ni voiture, elle déchante devant les difficultés de quelqu’un qui doit tout faire à pied ou en taxi. Elle découvre aussi qu’avoir une maison, isolée qui plus est, ce n’est pas la même chose que vivre dans un studio, dans un immeuble. Mais chaque nouvelle expérience est source d’émerveillement et de reconnaissance.

Le fossé avec ses meilleurs amis, Jacques et Margot, restés à Paris, se creuse, parce qu’ils ne vivent plus au même rythme et quand Alex savoure de ne rien n’avoir d’autre à faire que passer le temps, marcher, réfléchir et chercher l’inspiration, eux continuent les sorties, le boulot, les soucis de santé et les mondanités.

Et au milieu de tout cela, il y a Léo. Léo qui est un trentenaire qui, après avoir passé cinq ans en Californie à bosser chez Facebook, plaque tout, revient en France, alterne entre Paris et la Bretagne où il croise Alex justement. Involontairement et inconsciemment, sans avoir échangé plus que quelques mots avec le jeune homme, cette dernière a pourtant donné un autre sens à sa vie et un peu d’espoir, un objectif à atteindre.

« C’est très joli la résilience, mais on a le droit d’espérer mieux et de vouloir arracher la tête à ceux qui disent qu’il faut lâcher prise. »

Je me suis demandée comment j’allais aborder ce retour de lecture tant ce roman m’a laissée perplexe. Alex, la quarantenaire désabusée par la vie mondaine de Paris. Léo fracassé par une agression qui n’arrive pas complètement à s’en remettre. Jacques qui prend conscience que sa vieillesse sera triste et solitaire. Margot qui surnage avec ses névroses et le poids du secret.

Ce sont finalement, plus que des insolences, ce sont des solitudes. Un constat sur la manière dont chacun gère, comment chacun se débrouille avec lui-même. Quand on n’a plus personne, comment fait-on pour se suffire à soi-même ? En est-on seulement capable ?

Alex gère. Elle a vécu, en presque 30 ans, beaucoup plus que la plupart des gens. Mais les autres ? Et même si elle a beaucoup expérimenté, beaucoup rencontré, beaucoup fêté et célébré, elle a aussi beaucoup souffert d’avoir trop d’amour à donner et trop d’espérances sur l’amour qu’elle voulait recevoir. Alors oui, finalement, seule, ce n’est pas si mal, ça évite les déceptions.

C’est un roman qui se lit bien, sans difficultés et même, je dirais, avec un certain confort. Mais qui ne va, d’après moi, pas assez loin. On attend la confrontation, ou du moins la rencontre des solitudes d’Alex et Léo, mais ils évoluent en parallèle, sans point de jonction, un peu comme les personnages d’Acide de Dumiot. Et cette non-rencontre est frustrante.

Un moment de lecture pas désagréable donc, et qui reviendra peut-être en tête après un moment de maturation et de réflexion, mais peut-être pas. Et ce n’est pas grave…


« La vraie force, ce n’est pas de se protéger pour dépasser la chose sans morfler, mais au contraire d’accepter de la regarder en face.»

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