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Monsieur Antoine

Laurent Malot


«  Vivre, c'est choisir ce qu'on va faire dans la journée, et avec qui. Si on oublie ça, on ne fait qu'exister. »

Dans un village du Jura, le quartier de Saint-Ambroise se meurt. Édifié en 1972, tous ses habitants sont âgés de 70 ans ou plus et subissent les assauts de Delannoy, promoteur immobilier qui rêve d’acquérir toutes les maisons pour les raser et construire autre chose. Restent deux commerces qui résistent encore et toujours : la brasserie tenue par Suzie et la supérette de Joachim. Un matin de la fin de l’été, le quartier assiste à l’arrivée d’un inconnu. Au volant d’un vieux pick-up des années 50, dans un complet de tweed, apparaît celui que tout le monde appellera bientôt Monsieur Antoine. Que vient faire cet homme ici? Il arrive alors que tout le monde commence à partir ! 

Après avoir donné un coup de jeune à sa maison, achetée sur un coup de tête, l’ancien francilien commence à dépoussiérer le quartier et ses habitants. Insufflant un peu de vie, de dynamisme et d’espoir, il arrive, petit à petit, à convaincre les uns et les autres que l’âge n’est pas un frein à celui qui a l’ambition de bien vivre. Il ravive l’étincelle éteinte de tous ces septuagénaires et les met en mouvement : rénovation de la brasserie, réfection du terrain de basket… Il fait aussi la connaissance de Faustine, l’ancienne professeure de français, veuve depuis 10 ans, qui n’attendait pas grand chose pour ranimer la jeune femme pétillante qu’elle était. Et puis Louise, gamine sans réels repères qui trouve chez Antoine un soutien à vivre sa passion pour la photo. Mais qui, de Louise, Faustine ou Antoine a en vérité le plus besoin d’aide ? Qu’est-ce qui a poussé le relieur retraité à tout quitter pour venir s’installer dans ce coin perdu ? Et qu’est-ce qui motive cette bienveillance et ce besoin de se sentir utile, présent aux autres ? 

Petit à petit, les secrets bien gardés de Monsieur Antoine vont se découvrir et Faustine comme Louise vont être celles grâce à qui la rédemption et le pardon pourraient advenir. 


« Qu'est-ce qu'on fait si on a mal aux genoux ou qu'on bande plus comme avant ?  On prend plus de temps pour faire les choses mais on les fait quand même.» 

Monsieur Antoine est le dixième roman de l’auteur étampois, le cinquième que je lis. Il y a définitivement quelque chose qui me plait dans cette écriture, à la fois légère et pleine d’enseignements. Une capacité à se mettre en empathie totale avec des personnages qui ne ressemblent en rien à l’écrivain (même si on peut se demander s’il n’y a pas un peu de son passé dans Lucky Losers et peut-être un peu de son avenir dans Monsieur Antoine). 

Ce roman n’est peut-être celui du siècle, et les plus tatillons pourraient trouver pas mal de choses à redire, mais en ce qui me concerne, j’ai pris une grosse claque d’humanité. Je n’arrivais pas à m’enlever Tom Hanks dans Otto de la tête et, si la chance faisait qu’une adaptation soit envisagée, ça collerait tellement ! Ou alors, en version française, je vois bien Daniel Auteuil dans le rôle de cet homme aux secrets pesants qui a décidé de tout plaquer pour s’accorder une deuxième chance, en profitant pour tirer des enseignements du passé des outils pour aider ceux qui l’entourent dans son nouvel environnement. 

Hanté par ses erreurs passées, il a à cœur d’être un homme meilleur. A défaut d’être un bon père ou un bon mari, il sera un bon voisin et un excellent ami, décelant chez chacun les capacités et les rêves refoulés. Après la petite déception provoquée par Lucky Losers (je n’étais pas la cible!), je retrouve la poésie et la bienveillance qui régnaient sur les pages de De la part d’Hannah et les secrets de Sème la mort, même si ici, ni meurtre ni enquête… 

Un livre qui se lit tout seul mais avec acharnement, ou plutôt avec attachement, avec une réelle sympathie pour Antoine, et une véritable reconnaissance pour l’auteur qui a imaginé cet homme et qu’on aimerait tous avoir dans nos vies. Je vous laisse, je vais appeler mon Monsieur Antoine à moi : mon papa (qui n’a rien à envier à ce personnage si doux et compréhensif)… 


« A croire que le cœur, chaque fois qu’il bat trop fort, balaye les histoires du passé et fait place nette pour repartir de zéro. »

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