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Le Petit roi

Mathieu Belezi

« Que la neige tombe et m'ensevelisse, qu'elle m'épargne le monde où rien n'est là pour que je vive heureux. C'est dans cet espoir que je me rendors.»

Mathieu a 12 ans. Sa mère le laisse à son grand-père pour une durée indéterminée. Il est abandonné là, dans une ferme, loin de ses repères, loin de ses parents, loin de son environnement. Il est laissé aux bons soins de ce Papé doux et patient, qui se retrouve avec un adolescent perturbé sur les bras, mais qui va l’aimer comme son fils.

Les jours, les semaines, les mois passent. Entre deux anecdotes de la vie dans la petite exploitation et à l’école catholique des années 1950, on comprend ce à quoi Mathieu a assisté pendant des années. Les conflits entre les parents, la violence verbale et physique, l’ignorance de l’enfant qui est là pourtant et qui supplie d’arrêter. Mathieu a assisté à ces scènes qui ont conduit sa mère à provoquer son père et son père à frapper sa mère. Il a vu, il a tenté de s'interposer, mais rien n’y a fait, et la violence est entrée en lui comme un poison.

Il frappe le chat, maltraite les poissons, insulte le cochon. Mais il s’en prend aussi à un camarade de classe, premier en tout, et surtout en naïveté.

Mathieu tente de se laver de ce qu’il a vécu, il s’accroche à son grand-père comme une moule à son rocher. Il voudrait que ses parents soient morts, parce qu’être orphelin, c’est moins pire que d’être abandonné. Il aime tant sa mère qu’il voudrait la savoir morte que loin de lui.

Cet enfant souffre. Et il n’a pas fini…


«… leurs sales manies de me laisser seul au milieu de l'arène ont conduit mes pas mal assurés d'enfant à l'abîme.»

Petite pause au milieu d’un gros roman bien lourd, ce Petit roi me laisse un goût amer dans la bouche… le goût de l’enfance gâchée par la bêtise des adultes. Non pas de coups portés au gamin, mais presque pire. Faire de lui le spectateur impuissant de la violence puis la victime de la séparation, de l’abandon.

Quand j’ai assisté à la rencontre de l’auteur en visioconférence, je pensais que j’allais détester ce garçon. La manière dont l’auteur et l’éditeur en parlaient me faisait croire que c’était un petit être sadique, gratuitement méchant. Mais non. C’est un gamin en souffrance, qui fait payer au monde son chagrin. Il n’y a que le Papé qui trouve grâce à ses yeux. Ce vieil homme qui ne demande rien, ne dit pas grand chose, si ce n’est qu’il aime Mathieu, qu’il est son fils.


« Rien ne va plus, l’ivresse d’une rage sans objet m’envahit et tourne en moi comme un bourdon empiégé donnant de la tête contre les murs.»

Avec une écriture aussi acérée et rapide que dans Attaquer la terre et le Soleil, Mathieu Belezi nous fait comprendre en peu de phrases qu’il y a toujours plusieurs façons de voir les choses, et qu’il ne faut pas se limiter à un seul point de vue. Ici, il ne s’agit pas seulement d’un enfant violent, il s’agit aussi et surtout d’un enfant victime. Rapide, efficace, presque chirurgical, le positionnement de l’auteur, omniscient, nous permet à nous lecteurs de prendre de la hauteur et de la distance, d’être objectivement touchés par la situation misérable de Mathieu, de l’abnégation admirable du Grand-Père et de l'ambiguïté indéniable de cette situation familiale. Un roman à lire, donc. Mais dans un bon jour…


« Tout ce que je voudrais dire et qui ne peut franchir mes lèvres, je le vomis à ma façon.»

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